Il y avait là trois hommes, l'un étendu sur le tréteau. Sa poitrine et ses jambes étaient nues, couvertes de poils blonds. Son faux-visage était de cuir noir, et par le trou de la bouche on versait de l'eau à travers un cornet. Il avait le cou mouillé, gonflé: les muscles s'y tordaient. Son dos était cintré. Une mare s'étendait sur les carreaux, près du chevalet. Mais le patient ne dit mot.

On l'attacha sur un banc à deux bâtons placés en croix de Saint-André; et à chacun de ses membres les deux tourmenteurs mirent un pivot tournant qu'ils virèrent et tordirent. On entendait craquer les os des poignets et des chevilles. L'homme ne fit que gémir.

L'un des tourmenteurs alla chercher de la braise dans une écuelle de terre cuite, et, à cheval sur l'homme, lui souffla les étincelles sur la peau, par les narilles du faux-visage. Le patient s'agita, et se débatti, puis resta immobile.

Mathew Gough, le croyant étouffé, fît signe qu'on le portât au feu de la cuisine. Il parut s'y ranimer, et respira doucement. Alors Mathew Gough, la face couverte de son faux-visage d'or qui étincelait à la flamme, se pencha vers le faux-visage noir et parla bas. Il parla anglais, et les tourmenteurs ne comprirent pas. Ils virent trembler les bras et les jambes du prisonnier. Mais il ne répondit rien, et resta silencieux sous son faux-visage sombre.

Mathew Gough lui fît mettre incontinent la corde au cou et les deux tourmenteurs le halèrent et le tirèrent par un anneau encastré dans les dalles du plafond. Au feu de la cuisine il jeta son ombre agitée sur les murs.

Puis, remontant lentement les degrés, Mathew Gough ordonna de mettre la place en état de défense, ayant reçu nouvelles, disait-il, de trahison, et de quitter les habits de cérémonie parce que lord Alan Blankbate, capitaine de Rouen et de Bayeux, lui avait mandé par messager sûr qu'il ne viendrait pas.

Les écuyers, archers et valets d'armes coururent de-ci de-là et toute la place sonna par les ferrures heurtées.

Ainsi périt sombrement le chef des Faulx-Visaiges, auquel ses compagnons donnaient le nom d'Alain Blanc-Bâton.


[LES EUNUQUES]