—Il faut, il faut, dis-je, que tu sortes avec moi de ce lieu obscur, Monelle; car je sais que tu ne penses pas ces choses; et tu t'es cachée pour pleurer; et puisque je t'ai trouvée enfin toute seule, dormant ici, toute seule, attendant ici, viens avec moi, viens avec moi, hors de ce lieu obscur et étroit.

—Ne reste pas, ô mon aimé, dit Monelle, car tu souffrirais beaucoup; et moi, je ne peux venir, car la maison que je me suis tissée est toute fermée, et ce n'est point ainsi que j'en sortirai.

Alors Monelle mit ses bras autour de mon cou, et son baiser fut pareil, chose étrange, à ceux d'autrefois, et voilà pourquoi je pleurai encore, et elle essuya mes larmes avec ses cheveux.

—Il ne faut pas pleurer, dit-elle, si tu ne veux m'affliger dans mon attente; et peut-être n'attendrai-je pas si longtemps. Ne sois donc plus désolé. Car je te bénis de m'avoir aidée à dormir dans ma petite niche soyeuse dont la meilleure soie blanche est faite de toi, et où je dors maintenant, roulée sur toi-même.

Et comme autrefois, dans son sommeil, Monelle se pelotonna contre l'invisible et me dit: «Je dors, mon aimé».

Ainsi, je la trouvai; mais comment serai-je sûr de la retrouver dans ce lieu très étroit et obscur?

DE SON ROYAUME

Je lisais cette nuit-là, et mon doigt suivait les lignes et les mots; mes pensées étaient ailleurs. Et autour de moi tombait une pluie noire, oblique et acérée. Et le feu de ma lampe éclairait les cendres froides de l'âtre. Et ma bouche était pleine d'un goût de souillure et de scandale; car le monde me semblait obscur et mes lumières étaient éteintes. Et trois fois je m'écriai:

—Je voudrais tant d'eau bourbeuse pour étancher ma soif d'infamie.

«O je suis avec le scandaleux: tendez vos doigts vers moi!