—O Monelle, qui attends-tu, dormant roulée en ce lieu obscur?

—Je ne sais pas, dit-elle; mais j'attends. Et je suis avec mon attente.

Et je m'aperçus alors que tout son petit visage était tendu vers une grande espérance.

—Il ne faut pas rester ici, dit-elle encore, en ce lieu froid et obscur, mon aimé; retourne vers tes amis.

—Ne veux-tu point me guider et m'enseigner, Monelle, pour que j'aie aussi la patience de ton attente? Je suis si seul!

—O mon aimé, dit-elle, je serais malhabile à t'enseigner comme autrefois, quand j'étais, disais-tu, une petite bête; ce sont des choses que tu trouveras sûrement par longue et laborieuse réflexion, ainsi que je les ai vues tout d'un coup pendant que je dors.

—Es-tu nichée ainsi, Monelle, sans le souvenir de ta vie passée, ou te souviens-tu encore de nous?

—Comment pourrais-je, mon aimé, t'oublier? Car vous êtes dans mon attente, contre laquelle je dors; mais je ne puis expliquer. Tu te rappelles, j'aimais beaucoup la terre, et je déracinais les fleurs pour les replanter; tu te rappelles, je disais souvent: «Si j'étais un petit oiseau, tu me mettrais dans ta poche, quand tu partirais». O mon aimé, je suis ici dans la bonne terre, comme une graine noire, et j'attends d'être petit oiseau.

—O Monelle, tu dors avant de t'envoler très loin de nous.

—Non, mon aimé, je ne sais si je m'envolerai; car je ne sais rien. Mais je suis roulée en ce que j'aimais, et je dors contre mon attente. Et avant de m'endormir, j'étais une petite bête, comme tu disais, car j'étais pareille à un vermisseau nu. Un jour, nous avons trouvé ensemble un cocon tout blanc, tout soyeux, et qui n'était percé d'aucun trou. Méchant, tu l'as ouvert, et il était vide. Penses tu que la petite bête ailée n'en était pas sortie? Mais personne ne peut savoir comment. Et elle avait dormi longtemps. Et avant de dormir elle avait été un petit ver nu; et les petits vers sont aveugles. Figure-toi, mon aimé (ce n'est pas vrai, mais voilà comme je pense souvent), que j'ai tissé mon petit cocon avec ce que j'aimais, la terre, les jouets, les fleurs, les enfants, les petites paroles, et le souvenir de toi, mon aimé; c'est une niche blanche et soyeuse, et elle ne me paraît pas froide ni obscure. Mais elle n'est peut-être pas ainsi pour les autres. Et je sais bien qu'elle ne s'ouvrira point, et qu'elle restera fermée comme le cocon d'autrefois. Mais je n'y serai plus, mon aimé. Car mon attente est de m'en aller ainsi que la petite bête ailée; personne ne peut savoir comment. Et où je veux aller, je n'en sais rien; mais c'est mon attente. Et les enfants aussi, et toi, mon aimé, et le jour où on ne travaillera plus sur terre sont mon attente. Je suis toujours une petite bête, mon aimé; je ne sais pas mieux expliquer.