C'est le dimanche matin.
Voici que l'imposteur a resurgi, et le Christ, dans son agonie, entend la rumeur au lointain et les voix joyeuses qui chantent: Kyrie eleison.
Puis tout est silencieux encore.
Le silence nouveau du saint dimanche.
Alors paraît au bord d'un trou pierreux un petit lièvre.
Et sur la branche d'une ronce un petit rossignol vient et regarde.
Et le petit rossignol parle à Jésus.
II
LE SOUVENIR D'UN LIVRE
Le souvenir de la première fois où on a lu un livre aimé se mêle étrangement au souvenir du lieu et au souvenir de l'heure et de la lumière. Aujourd'hui comme alors, la page m'apparaît à travers une brume verdâtre de décembre, ou éclatante sous le soleil de juin, et, près d'elle, de chères figures d'objets et de meubles qui ne sont plus. Comme, après avoir longtemps regardé une fenêtre, on revoit, en fermant les yeux, son spectre transparent à croisières noires, ainsi la feuille traversée de ses lignes s'éclaire, dans la mémoire, de son ancienne clarté. L'odeur aussi est évocatrice. Le premier livre que j'eus me fut rapporté d'Angleterre par ma gouvernante. J'avais quatre ans. Je me souviens nettement de son attitude et des plis de sa robe, d'une table à ouvrage placée vis-à-vis de la fenêtre, du livre à couverture rouge, neuf, brillant, et de l'odeur pénétrante qu'il exhalait entre ses pages: une odeur âcre de créosote et d'encre fraîche que les livres anglais nouvellement imprimés gardent assez longtemps. De ce livre je reparlerai plus tard: j'y ai appris à lire. Mais son odeur me donne encore aujourd'hui le frisson d'un nouveau monde entrevu, et la faim de l'intelligence. Encore aujourd'hui je ne reçois pas d'Angleterre un livre nouveau que je ne plonge ma figure entre ses pages jusqu'au fil qui le broche, pour humer son brouillard et sa fumée, et aspirer tout ce qui peut rester de ma joie d'enfance.