Nous sommes ici dix, vingt et trente qui portons l'hirondelle peinte pour vous annoncer le retour du printemps. Il n'y a pas encore de fleurs, mais recevez ces rameaux blancs et roses. Nous savons que vous faites cuire un estomac farci, des bettes au miel; et votre esclave a acheté hier des loirs pour les confire dans le sucre. Gardez votre festin; nous demandons peu de chose. Des noix frites! des noix frites! Enfant, donne-nous des noix! donne-nous des noix, enfant!

L'hirondelle a la tête rouge comme l'aurore nouvelle et les ailes bleues comme le ciel du nouveau mois. Réjouissez-vous! Les portiques donneront de la fraîcheur et les arbres peindront leur ombre sur les prairies. Notre hirondelle vous promet beaucoup de vin et d'huile. Versez l'huile de l'année passée dans nos cruches, et le vin dans nos amphores; car—écoute, enfant—l'hirondelle dit qu'elle veut en goûter! Verse le vin et l'huile pour notre hirondelle de bois!

Vous avez peut-être autrefois, quand vous étiez enfant, mené l'hirondelle comme nous. Elle fait signe qu'elle s'en souvient. Ne nous laissez pas devant votre porte jusqu'aux torches de ce soir. Donnez-nous des fruits et des fromages. Si vous êtes généreux, nous irons à la maison prochaine, où demeure l'avare aux sourcils rouges. L'hirondelle lui demandera son plat de lièvre, sa tarte dorée, ses grives rôties, et nous le prierons de nous jeter des pièces d'argent. Il haussera les sourcils et secouera la tête. Nous apprendrons à notre hirondelle une chanson dont vous rirez. Car elle sifflera par la ville l'histoire de la femme d'un avare aux sourcils rouges.

l'hôtellerie

κόρεις

MIME IV. Auberge, pleine de punaises, le poète mordu jusqu'au sang te salue. Ce n'est pas pour te remercier de l'avoir abrité une nuit, au bord d'un chemin obscur; la route est boueuse comme celle qui mène chez Hadès—mais tes grabats sont cassés, tes lumières fumeuses; ton huile est rance, ta galette moisie, et, depuis l'automne dernier, il y a des petits vers blancs dans tes noix vides. Mais le poète est reconnaissant aux vendeurs de porcs qui venaient de Mégare à Athènes, et dont les hoquets l'empêchèrent de dormir (tes cloisons, auberge, sont minces), et il rend grâce aussi à tes punaises, qui le tinrent éveillé en le rongeant tout le long du corps, tandis qu'elles avançaient par bandes pressées sur les sangles.

Car il voulut, faute de sommeil, respirer par une baie de la muraille la lumière blanche de la lune, et il vit un marchand de femmes qui frappait à la porte, très tard dans la nuit. Le marchand cria: «Enfant, enfant!» mais l'esclave ronflait sur le ventre et de ses bras croisés bouchait ses oreilles avec la couverture. Alors le poète s'enveloppa d'une robe jaune, dont la couleur était celle des voiles de noces; cette robe teinte de crocos lui avait été laissée par une jeune fille joyeuse, le matin où elle s'était enfuie, vêtue du manteau d'un autre amant. Ainsi le poète, semblable à une servante, ouvrit la porte; et le marchand de femmes fit entrer une troupe nombreuse. La dernière jeune fille avait les seins fermes comme un coing; elle valait au moins vingt mines.

—O servante, dit-elle, je suis lasse; où est mon lit?

—O ma chère maîtresse, dit le poète, voici que tes amies sont couchées dans tous les lits de l'auberge; il ne reste plus que le grabat de ta servante; si tu veux t'y étendre, tu es libre.

L'homme misérable qui nourrissait toutes ces fraîches jeunes filles éclaira le visage du poète avec la grosse mèche de la lampe, couverte de lumignons; et comme il aperçut une servante ni trop belle ni trop soignée, il se tut.