Auberge, le poète mordu jusqu'au sang te remercie. La femme qui coucha cette nuit avec la servante était plus molle que le duvet d'oie, et sa gorge parfumée comme un fruit mûr. Mais tout cela fût resté secret, auberge, sans le bavardage criard de ton grabat. Le poète craint que les petits porcs de Mégare n'aient appris ainsi son aventure. O vous, qui écoutez ces vers, si les «coï, coï» des petits porcs à l'agora d'Athènes vous racontent faussement que notre poète a des amours viles, venez voir à l'auberge l'amie aux seins durs comme des coings qu'il a su prendre, mordu par les bienheureuses punaises, dans une nuit de lune.

les figues peintes

συκῆ

MIME V. Cette jarre pleine de lait sera offerte à la petite déesse de mon figuier. Je verserai tous les matins du lait nouveau, et, s'il plaît à la déesse, j'emplirai la jarre de miel ou de vin non mêlé. Ainsi je l'honorerai du printemps jusqu'à l'automne; et si un orage brise la jarre, j'en achèterai une autre au marché des poteries, quoique l'argile soit chère cette année.

En retour, je prie la petite déesse qui garde le figuier dans mon jardin de changer la couleur des figues. Elles étaient blanches, savoureuses et sucrées; mais Iolé en est lasse. Maintenant elle désire des figues rouges, et jure qu'elles seront meilleures.

Il n'est point naturel qu'un figuier à figues blanches pousse des figues rouges à l'automne; cependant Iolé le veut. Si j'ai été pieux envers les dieux de mon jardin; si je leur ai tressé des couronnes de violettes et versé des aiguières pleines de vin et de lait; si j'ai secoué pour eux des pavots à l'heure où le soleil embrase la crête de ma muraille parmi les nuées de moucherons qui prennent l'air de la nuit; si je suis digne de leur amitié par ma religion, fais fleurir ton figuier, ô déesse, pour des figues rouges.

Si tu ne m'écoutes pas, je ne cesserai de t'honorer avec des jarres fraîches; mais je serai contraint de me lever à l'aube, dans la saison des fruits, pour ouvrir subtilement toutes les figues nouvelles et en peindre l'intérieur avec de la bonne pourpre de Tyr.

la jarre couronnée

ὑάκινθος

MIME VI. Potier, ayant tourné le fond d'une jarre dont j'ai pétri et courbé le ventre de terre dorée, je l'ai emplie de fruits pour le dieu des jardins. Mais il considère le feuillage tremblant, de peur que les voleurs percent les murailles. A la nuit, des loirs furtifs ont enfoncé leurs museaux parmi les pommes et les ont rongées jusqu'aux pépins. Timides, à la quatrième heure, ils agitèrent leurs queues duvetées, blanches et noires. A l'aube, les oiseaux d'Aphrodite se sont perchés sur les bords violets de mon pot d'argile en hérissant les petites plumes changeantes de leur cou. Sous le midi qui frémit, une jeune fille s'est avancée seule vers le dieu, avec des couronnes d'hyacinthe. Et m'ayant aperçu tandis que je restais penché derrière un hêtre, sans me regarder elle a couronné la jarre vide de fruits. Que le dieu ainsi privé de fleurs s'irrite, que les loirs mordent mes pommes, que les oiseaux d'Aphrodite inclinent l'un vers l'autre leurs têtes tendres! J'ai mêlé dans mes cheveux les hyacinthes frais, et jusqu'au prochain midi j'attendrai la couronneuse de jarres.