l'esclave déguisé
μάστιξ
MIME VII. O Mannia, viens châtier cet insolent avec un bon fouet en cuir de Paphlagonie. Je l'ai acheté dix mines à des marchands phéniciens, et il n'a pas souffert de la faim chez moi. Qu'il dise si les cuisiniers lui ont donné des olives et du poisson salé. Il s'est rempli le ventre avec des estomacs farcis et rôtis, des anguilles du lac Copaïs, et des fromages gras qui portaient encore la marque de leur claie d'osier. Il a bu du vin non mêlé que je faisais conserver dans des outres odorantes en peau de chèvre. Il a vidé mes flacons de baume syrien, et sa tunique est violette de pourpre: jamais les laveuses ne l'ont trempée dans les cuves. Ses cheveux s'éparpillent comme les aigrettes d'une torche d'or; le tondeur n'en a pas approché ses ciseaux. Mes femmes l'épilent tous les jours, et la langue rouge de la lampe lèche sa peau. Ses reins sont plus blancs que ma gorge ou que la croupe des lionnes d'ivoire sculptées sur les manches à couteaux.
Par mon âme, il a bu autant de vin dans mes cratères en une soirée que les initiées des Thesmophories pendant les trois jours de mystères. Je croyais qu'il ronflait, étendu près des cuisines, et je voulais prier les broyeurs de lui frotter les lèvres, pour le punir, avec un pilon à mortier; il aurait expié son ivresse par l'âcre saveur de l'ail fraîchement écrasé. Mais je l'ai trouvé chancelant, les yeux troubles, tenant à la main mon miroir d'argent poli; et ce trois fois impur, ayant volé dans mon coffret à bijoux une de mes cigales d'or, l'avait placée parmi ses cheveux enroulés. Puis, debout sur une jambe, et le corps agité par les frémissements du vin, il entourait sa cuisse du voile de gaze dont j'ai coutume de me couvrir sous ma tunique de laine blanche, quand je vais avec mes amies voir les fêtes d'Adonis.
la veillée nuptiale
λύχνος
MIME VIII. Cette lampe à mèche neuve brûle de l'huile fine et claire en face de l'étoile du soir. Le seuil est jonché par les roses que les enfants n'ont pas emportées. Les danseuses balancent les dernières torches qui étendent vers l'ombre leurs doigts de feu. Le petit flûtiste a soufflé encore trois notes aigres dans sa flûte d'os. Les porteurs sont venus avec des coffrets pleins d'anneaux translucides pour les chevilles. Celui-ci a enduit sa figure de suie et m'a chanté les railleries de son dème. Deux femmes aux voiles rouges sourient parmi l'air apaisé, en se frottant les mains de cinabre.
L'étoile du soir monte et les fleurs lourdes se ferment. Près de la grande cuve à vin, couverte d'une pierre sculptée, s'est assis un enfant rieur dont les pieds lumineux sont chaussés de sandales d'or. Il secoue une torche de pin et les cheveux vermeils s'éparpillent dans la nuit. Ses lèvres sont entr'ouvertes comme un fruit qui bâille. Il éternue sur la gauche et le métal sonne à ses pieds. Je sais qu'il partira d'un bond.
Io! Voici venir le voile jaune de la vierge! Ses femmes la soutiennent sous les bras. Éloignez les torches! Le lit des noces l'attend, et je la guiderai vers la molle lueur des tissus de pourpre. Io! Plongez dans l'huile odorante la mèche de la lampe. Elle crépite et meurt. Éteignez les torches! O ma fiancée, je te soulève contre ma poitrine: que tes pieds ne frôlent pas les roses du seuil.
l'amoureuse