Elisabeth grandissait entourée de nombreuses affections, car dans l'antique château vivaient avec Etienne II et Thadée Visconti, Anne de Neuffen, femme de Frédéric, et le duc Jean avec sa jeune femme Catherine de Görz[38]; à de longs intervalles, entre une Croisade en Prusse et une campagne sur les bords du Danube, arrivaient à Munich le duc Frédéric et le duc Etienne[39], et le séjour de celui-ci était toujours marqué par quelque fête.
[38] Le mariage de Jean II de Bavière avec Catherine, fille du comte Mainhard de Görz avait eu lieu en 1372. Riezler, Geschichte Baierns, t. III, Zweite Beilage II.
[39] Riezler..., t. III, p. 95-97.
Elisabeth, «ayant naturellement du sens, fut pourvue de doctrine[40]», c'est-à-dire que des maîtres l'instruisirent avec soin; elle apprit, en effet, assez de latin pour lire les livres d'heures, les Vies des Saints et, dans les chroniques, les Gestes de ses ancêtres; mais ses lectures favorites étaient les poèmes épiques en langue bavaroise, fort en honneur à la cour ducale et dont le plus récent, «la Chasse», œuvre d'Hadamar de Labar, exaltait les vertus de la femme[41]. Dans les fêtes données par son père, elle entendit les premiers des Minsinger, ces jongleurs de l'Allemagne.—Ses distractions préférées étaient les pieuses cérémonies, célébrées avec pompe à Notre-Dame et à Saint-Michel de Munich, et les pèlerinages à l'abbaye de Ramsdorf[42], à l'évêché de Freisingen, et au sanctuaire de Nordlingen auxquels dans l'un de ses testaments, (1407) elle assignera des donations[43]. Les loisirs de la jeune fille étaient consacrés à l'élevage des oiseaux et à la culture des fleurs, ses plus chers passe-temps, sans doute, puisque, devenue reine, elle se fera construire une ferme modèle pour essayer d'y revivre les plus doux moments de son enfance. Le compagnon ordinaire de ses jeux était son frère Louis, plus âgé qu'elle de trois ans environ[44]. Les deux enfants s'aimaient beaucoup; on verra plus tard quel profit l'aîné saura tirer du tendre attachement que sa sœur lui avait voué.
[40] Froissart, Chroniques..., liv. II, ch. CCXXVI, t. IX, p. 98.
[41] Le chevalier Hadamar III de Labar avait été l'un des compagnons de l'empereur Louis V. Son poème «la Chasse» écrit dans une langue noble et aux images saisissantes, est une excellente étude de la nature et du cœur. Riezler..... t. II, p. 553.
[42] Aujourd'hui Ramersdorf, faubourg de Munich.
[43] Bibl. Nat. f. fr. 6 544, pièce 7.
[44] Louis de Bavière était certainement l'aîné d'Elisabeth de quelques années. M. Haeutle dans sa Genéalogie des... Hauses Wittelsbach, (München, 1870) p. 124, donne comme date de la naissance du duc Louis le 20 décembre 1365, d'après J. L. Wünsch, Genealogie Cronologica augustæ Carolino-Palatino-Boicæ gentis.... nativitatem, matrimonium et mortem indicans, (Mannheim, 1773). Mais cette date ne saurait être acceptée puisque le mariage d'Etienne et de Thadée n'eut lieu qu'en 1366.
En 1375, Etienne II mourut[45]; quelque grave que parût d'abord l'événement, la situation de la cour de Bavière n'en fut pas modifiée. Lorsqu'ils eurent déposé le cercueil de leur père dans le caveau de Notre-Dame de Munich, Étienne III, Frédéric et Jean s'entendirent pour maintenir le duché indivis; ils s'en partagèrent seulement l'administration, et comme la Haute Bavière échut à Etienne et à Jean[46], Élisabeth continua de demeurer à Munich. Les six années qui suivirent furent, disent les chroniqueurs, les plus heureuses de la Bavière au XIVe siècle[47]. La fille d'Etienne le Jeune entendait donc vanter cette prospérité due à la sagesse et au bon accord des princes; et, si éloignée qu'elle fût tenue des bruits du dehors, l'écho lui parvenait des merveilleuses chevauchées de son père qui, à la tête de deux cents chevaliers, courait d'Alsace en Hongrie, puis descendait en Italie où des villes se livraient à lui, où les princes lui offraient des fêtes splendides[48]; à mesure qu'elle avançait en âge, elle comprenait mieux les éloges décernés à la bravoure, et à la générosité du duc Etienne[49] surnommé, par ses sujets, tantôt le libéral, tantôt le magnifique[50]. Mais en 1380, Anne de Neuffen, femme de Frédéric, mourut et dès lors la famille de Bavière éprouva des deuils et des malheurs successifs. Le 28 septembre 1381, Étienne le Jeune perdait sa femme. Le corps de Thadée fut déposé dans le caveau des Wittelsbach à Notre-Dame de Munich près de l'autel que l'empereur Louis V avait élevé pour la célébration d'une messe perpétuelle en l'honneur de la Vierge et de la Sainte-Croix[51]. Élisabeth gardera pieusement le souvenir de sa mère et, devenue reine de France, elle fondera un obit annuel pour Madame Thadée.