La royale enfant fut couronnée d'un riche diadème, vêtue d'une longue robe et d'un manteau d'étoffes précieuses. Le cortège fit son entrée dans l'église, précédé des chapelains et de l'évêque de Bayeux[676] en habits pontificaux. Le Roi marchait immédiatement derrière le prélat, puis venait la Reine, suivie du seigneur d'Albret[677] qui portait Marie dans ses bras. L'enfant fut conduite jusqu'au Chapitre où après avoir entendu la lecture des vœux, elle répondit humblement «qu'elle se soumettait»[678]. Ensuite le Roi, la Reine, les seigneurs et les dames furent à la messe; Marie, en habit de religieuse, y assista et reçut la bénédiction de l'évêque de Bayeux. Le reste de la journée fut occupé par le beau festin que la prieure Marie de Bourbon offrit à son neveu et à sa nièce[679]. Isabeau quitta Poissy convaincue que la petite recluse se trouvait dans une très douce prison[680]; elle la visitera, du reste, souvent; et, dans de fréquents messages, elle transmettra ses instructions pour que son enfant soit entourée des plus grands soins[681].
[676] Nicolas du Bosc, évêque de Bayeux depuis 1375,—chargé à plusieurs reprises de missions en Angleterre,—négociateur du contrat de mariage de Catherine de France avec Rupert de Bavière 1383,—président de la Chambre des Comptes en 1397. Gallia Christiana..., t. XI, col. 375-377.
[677] Charles I sire d'Albret ou de Lebret, comte de Dreux, vicomte de Tartas, fils d'Arnaud Amanjeu d'Albret, grand chambellan de France, et de Marguerite de Bourbon, sœur de la reine Jeanne de Bourbon,—qualifié neveu de Charles V dans une ordonnance de 1375, s'était distingué dans l'expédition d'Afrique 1390. Cf. le Père Anselme Histoire généalogique..., t. VI p. 207-210.
[678] Religieux de Saint-Denis..., t. II p. 555.
[679] La possession des dépouilles de la jeune princesse, c'est-à-dire de la toilette qu'elle portait à son arrivée à Poissy, faillit soulever une querelle de moines. La prieure Marie de Bourbon voulait retenir, outre les habits et les joyaux qui suivant l'usage étaient acquis au monastère, la précieuse couronne enrichie d'or et de pierreries que l'abbaye de Saint-Denis avait prêtée pour la cérémonie. Il en fut porté plainte au Roi qui mit fin à la contestation en rachetant la couronne pour 600 écus d'or à l'abbesse de Poissy, et la renvoya à Saint-Denis. Religieux de Saint-Denis..., p. 555-557.
[680] Voy. la description du prieuré de Poissy en 1400, dans le poème de Christine de Pisan, Le dit de Poissy. (Bibl. Ec. Chartes, 4º série, t. III, année 1856-1857, p. 535-555.)
[681] «Cazin de Barenton envoié porter lettres de la Royne à Madame Marie de France.., à Poissy, mardi XXI aout. [1400]» Arch. Nat. KK 45, fº 77 vº.—Autres lettres du 25 septembre (ibid. fº 78 rº.)
En 1398, après un séjour de deux mois à Paris, Isabeau se rend à Amiens où sa présence est signalée en mars[682]. A son retour, elle s'installe au Palais qu'elle habite tout le mois d'avril[683]; elle est ainsi plus près de la Sainte-Chapelle où elle va vénérer les reliques aux jours saints: le Roi, de retour d'un voyage à Reims, était alors en proie à l'une de ses plus violentes crises de frénésie[684], et, au mois de mai, le pèlerinage traditionnel de la Reine à Chartres et à Saint-Sanctin[685], a pour but principal de demander au ciel le rétablissement de Charles VI.
[682] Le 19 mars, la Reine est à Creil; le 20, elle dîne à Clermont, soupe et gîte à Creil; le 23, elle est à Amiens, où elle réside au palais épiscopal; le 27 elle dîne à Clermont, soupe et gîte à Saint-Just (ch.-l. de cant., arr. de Clermont, dép. de l'Oise); le 28, elle couche à Luzarches; le 31 elle était de retour à Paris au Palais. Arch. Nat. KK 45, fº 4 et 5.