[727] Religieux de Saint-Denis..., t. III, p. 13.
Le 6 janvier, la Reine, «après avoir tant, sur ce, procédé», obtint que, «moiennant la grâce de Dieu et l'exhortacion et admonestement d'aucunes bonnes personnes qui à ce ont labouré, les diz seigneurs se soient soumis à l'arbitrage de la Reine et des Princes, et juré sur les Evangiles d'exécuter les conditions qu'on leur poserait[728]». Il ne s'agissait plus que d'établir les clauses d'un pacte; Isabeau, sans perdre de temps, «parla et fit parler» à chacun des deux adversaires, puis, elle eut «une grant meure déliberacion avec les Princes» sur le texte de l'accord projeté[729].
[728] Arch. Nat. J 359, pièce 23.
[729] Pièces inédites du règne de Charles VI, t. I, p. 220-226: Traité de Paris entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne.
Le 14 janvier, elle tint un grand Conseil[730]; autour d'elle se trouvaient réunis Louis d'Anjou, Roi de Sicile et de Jérusalem, les ducs de Berry et de Bourbon, le connétable Louis de Sancerre[731], le chancelier Arnaud de Corbie[732], le patriarche d'Alexandrie, Simond de Cramaud[733], le comte de Tancarville, l'amiral Renaud de Trie[734], plusieurs prélats et quelques hauts barons du Royaume, alors présents à Paris. Lecture fut donnée aux ducs de Bourgogne et d'Orléans des résolutions prises en Conseil par la Reine et les Princes arbitres: Les deux seigneurs devaient «estre doresnavant bons, entiers, vrays et loyaulx amis ensemble», comme l'exigeait leur parenté, «afin que puissent plus libéralement et diligemment vaquer et entendre à conseiller monseigneur le Roy au bien de sa personne et de son royaume». Au cas où l'un des deux seigneurs entendrait de mauvais rapports sur le compte de l'autre par l'entremise de ses conseillers, il devrait en avertir le Roi, la Reine ou les ducs qui s'enquerraient de la vérité et apaiseraient le différend. Mais, si celui-ci ne pouvait être calmé, ni l'un ni l'autre des adversaires ne devaient commencer «aucuns mouvement de fait» sans en avertir l'autre, et sans laisser s'écouler deux mois entre la rupture et le commencement des hostilités, afin de donner au Roi, à la Reine et aux seigneurs du sang le temps d'intervenir; et s'ils voulaient absolument se battre, que, du moins, ils ne le fissent point «ès villes ne ès terres du Roy».
[730] Ibid.
[731] Le maréchal Louis de Sancerre avait été promu connétable le 26 juillet 1397, en remplacement de Philippe d'Artois, comte d'Eu, fait prisonnier par les Turcs à la bataille de Nicopolis 1396, et mort à Micalizo, en Asie Mineure (le Père Anselme, Histoire Généalogique, t. VI, p. 204.)
[732] Arnaud de Corbie, l'un des hommes les plus considérables de son temps, «sage et moult vaillant», dit Froissart, était président du Parlement de Paris depuis 1373. Nommé chancelier en 1388, il avait été destitué en 1398, et rétabli en 1400. Cf. le Père Anselme, Histoire Généalogique, t. VI, p. 346-347.—H. Moranvillé, le Songe Véritable, Notes (Mém. Soc. Hist. de Paris, t. XVII, p. 325).
[733] Simon de Cramaud, évêque de Poitiers en 1385, patriarche d'Alexandrie en 1392, administrateur de l'Eglise de Carcassonne, membre de la Chambre des Comptes, s'occupa très activement de l'affaire du schisme. Cf. Gallia Christiana, t. II, col. 1195.
[734] Renaud de Trie, seigneur de Serifontaine, chambellan du Roi, capitaine de Saint-Malo et de Rouen, maître des arbalétriers en 1395, était devenu amiral de France en 1397, après la mort de Jean de Vienne (le Père Anselme, Histoire Généalogique..., t. VII, p. 813-814).