[884] Religieux de Saint-Denis, Chronique de Charles VI, t. III, p. 133.
Son adversaire disparu, la Reine prisait moins les avantages d'une alliance avec Robert; d'autre part, le Conseil royal était mécontent des formules ambiguës sous lesquelles l'Empereur dissimulait ses véritables sentiments sur la question du schisme. Les négociations furent traînées en longueur. En 1403 Robert attendait encore le retour de son ambassade et, au duc de Lorraine qui lui faisait des propositions de mariage pour le prince Jean, il répondait qu'il ne pouvait s'engager avec lui, avant de connaître le résultat des pourparlers entamés à ce sujet avec Charles VI, mais que le projet français lui paraissait «plutôt reculé qu'avancé[885]». Bientôt, en effet, Jean de Dalberg et Job Verner revinrent à Heidelberg[886]: ils apportaient un refus. Le duc de Bourgogne avait d'autres projets pour Michelle de France.
[885] Dom Martène, Amplissima Collectio, t. IV, p. 119.
[886] Dom Martène, Amplissima Collectio, t. IV, p. 119.
Isabeau se trouvait donc débarrassée de son ennemi; mais elle n'était pas vengée; elle n'avait pas partie gagnée. Ses frais d'artificieuse invention, ses efforts de volonté restaient sans résultat; au reste de tous ceux que nous venons de voir s'agiter et tracasser, la plupart ne retirèrent aucun profit de leurs intrigues; seul Louis de Bavière fut largement payé de ses peines: le 2 octobre 1402, il épousa à l'hôtel Saint-Pol, Anne de Bourbon, veuve de Jean de Berry Comte de Montpensier[887]; en accroissement de leur mariage, les époux reçurent en dot 120.000 francs d'or[888]; la dépense de la duchesse de Bavière fut assignée sur la Maison de la Reine[889], et Louis fut gratifié d'une pension du Roi.
[887] Religieux de Saint-Denis, Chronique de Charles VI, t. III, p. 47.—Charles VI qui depuis la veille était revenu à la santé assista aux fêtes du mariage.—Anne de Bourbon, fille de Jean de Bourbon comte de la Marche et de Catherine de Vendôme avait épousé en premières noces le fils du duc Jean de Berry (le Père Anselme, t. I, p. 319).
[888] Lettres d'Isabeau touchant le paiement de la dot, Paris 19 mars 1405. Archives Royales de Munich.—120.000 francs d'or égalaient 120.000 livres tournois. En 1402 la valeur de la livre tournois était encore de 10 francs environ; Louis de Bavière et Anne de Bourbon reçurent donc à peu près 1.200.000 francs (valeur intrinsèque).
[889] Bibl. Nat., nouv. acq. fr., 5085, article Isabeau de Bavière, nº 190.
Six mois plus tard, en janvier 1403, Isabeau proposa que son frère fût promu premier Officier de France; si l'on en croit Jacques de Carare, sire de Padoue, les Princes et les seigneurs français s'inclinèrent devant le désir de la Reine[890]; seul, le duc d'Orléans refusa son consentement; grâce à cette résistance, la charge de connétable ne fut pas donnée au prince bavarois, mais à Charles d'Albret.
[890] A Leroux, Nouvelles recherches critiques sur les relations politiques de la France avec l'Allemagne (1378-1461), p. 66 et note 3.