Relatons ceux des événements qui eurent lieu à la cour en 1403-1404 et qui paraissent avoir été dirigés par Isabeau.

Les ducs de Bourgogne et d'Orléans intriguaient depuis longtemps pour rapprocher leurs Maisons du trône par des mariages. Marguerite de Bourgogne, fille du comte Jean de Nevers, avait été promise au Dauphin Charles[897], mais la mort du jeune prince était venue rompre ce projet[898]; il avait été ensuite question d'un mariage entre Louis, le nouveau Dauphin, et une fille du duc d'Orléans. Nous avons rapporté les termes si pressants par lesquels l'Empereur Robert conseillait à Isabeau de s'opposer à cette union, et de choisir la petite-fille du duc de Bourgogne (mai 1401).

[897] Cf. le Père Anselme, Histoire Généalogique, t. I, p. 113.

[898] Dès le mois d'avril 1396, Marguerite de Nevers était appelée dans les Comptes de l'hôtel du duc Philippe de Bourgogne, «Madame la Dauphine»—et quand, à l'automne de 1400, le Dauphin Charles tomba malade, toute la famille de Bourgogne était depuis plusieurs mois à Paris, pour régler les apprêts du mariage. Le 9 juin 1400, Jean de Champdivers, maître d'hôtel de la duchesse de Bourgogne, avait été envoyé au devant de Madame de Savoie, de Philippe de Bourgogne et de Madame la Dauphine pour les accompagner de Châtillon à Paris «pour cause des nopces que l'on entendoit faire à Paris de Monseigneur le dauphin et de Madame la dauphine». E. Petit, Itinéraire des ducs de Bourgogne, p. 250 et 565.

La Reine s'employa à contrarier les plans de son beau-frère; pendant deux ans, aucune décision n'intervint, mais, dès qu'Isabeau eut obtenu le pouvoir, elle se hâta de conclure les mariages bourguignons.

Le 28 avril 1403, des lettres de Charles VI «en consideracion des services rendus au royaume par le duc Philippe, et des grands domaines que possédait ce prince», fiançaient le Dauphin Louis de Guyenne avec Marguerite de Nevers[899]. Dans un grand Conseil tenu chez le Roi, trois solennelles promesses de mariage furent échangées (5 mai.)

[899] Bibl. Nat. f. fr. 4628, fº 413 rº et vº.

Le duc de Guyenne fut fiancé à Marguerite de Nevers qui recevait avec deux cent mille francs de dot les châteaux de Villemaur et de Chaourse[900].

[900] Arch. Nat. J 408, pièce 7 et J 409, pièce 8.—Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, t. III p. 197-198.—Chaourse, ch.-l. de cant., arr. de Bar-sur-Seine, dép. de l'Aube.—Villemaur, cant. d'Estissac, arr. de Troyes, dép. de l'Aube.