C'était en effet la Présidence du Conseil que donnaient à Isabeau les lettres du 26 avril[893]. Le Roi y déclarait que le Royaume devait être gouverné «au gré et plaisir de Dieu, au bien et profit des sujets»; puis il affirmait sa pleine confiance en la Reine et les quatre ducs, et ordonnait que, pour le cas où il serait «absent ou empêché», la Reine gouvernât aidée par ses oncles et son beau-frère, (par ceux du moins qui seraient présents alors) et par le connétable d'Albret, le chancelier Arnaud de Corbie et les membres du Conseil, en tel nombre «comme il sera expédient».
[893] Arch. Nat. J 402, pièce 13.—Ordonnance des Rois, t. VIII, p. 577.
Les décisions devaient être prises à la majorité des voix, mais aucune des résolutions du Conseil ne pourrait être exécutée sans qu'au préalable le Roi en fût averti, sans qu'il en fût donné lettres patentes, scellées du grand sceau. Enfin, si le Roi revenait à la santé, il reprendrait la direction des affaires avec la présidence du Conseil et rien ne se ferait que par ses ordres.
En même temps furent annulées les dispositions prises au lendemain de la première attaque de folie de Charles VI pour la tutelle des Enfants de France et la régence du Royaume. Au mépris de l'ordonnance de Charles V qui fixait à quatorze ans la majorité des Rois, il fut décidé que si Charles VI mourait, son fils aîné, quel que fût son âge, serait sacré le plus tôt possible, que personne, «sous prétexte de bail ou de proximité de lignage», ne pourrait entreprendre la régence, que le Royaume serait gouverné par le jeune Roi et en son nom. La Reine-mère, assistée des quatre ducs, aurait non seulement la tutelle des Enfants de France, mais, avec le concours des Princes et des membres siégeant au Conseil lors du décès du Roi, elle supporterait «le faix du Royaume[894]».
[894] Ordonnances des Rois..., t. VIII, p. 581.
Isabeau aurait donc à la fois la Présidence du Conseil de famille et du Conseil royal, elle conserverait la toute-puissance; il n'y aurait pas de régence, et Louis d'Orléans, considéré jusqu'alors comme le régent désigné, se trouverait dépossédé.
Cependant il importait que tous les officiers s'engageassent à maintenir ces ordonnances et que le prestige du Roi ne fût pas atteint; aussi une troisième ordonnance exigeait-elle que «pour obvier à touz debaz et discussions», la Reine, les ducs et les membres du Conseil prêtassent serment de fidélité au Roi, jurant de n'obéir qu'à lui et à ses commis[895].
[895] Arch. Nat. P 2530, fº 239 vº et 241 vº et J. 355, pièce 1.—Bibl. Nat. f. fr. 3910, nº 81. fº 176.
Nous savons qu'en présence de Charles VI, les ducs et les conseillers engagèrent leur foi, que le connétable reçut le serment des membres du Parlement et des gens des Comptes[896], mais nous n'avons pas trouvé que la Reine ait été obligée à cette formalité.
[896] Arch. Nat. J 355, pièce 2, nº 3.