Lorsque le duc de Bretagne, son hôte, fut rentré dans sa province, Isabeau lui envoie son chevaucheur Jean le Charron. Le comte de Tancarville et Jean de Montagu reçoivent aussi des missives de la Reine, qui en expédie également, dans les environs de Paris, à ses gens[920].

[920] Arch. Nat. KK 45, fº 164 et KK 46, fº 8-10, 50, 51.

La plupart de ces messages ont trait aux affaires privées d'Isabeau: ce sont presque tous des décharges pour son Hôtel et son Argenterie dont les dépenses ont toujours été croissant. Celles-ci qui, pour l'Argenterie, n'étaient, en 1393, que de 10 000 livres tournois, s'élèvent, d'octobre 1403 à octobre 1404, à 41 947 livres 19 sous 4 deniers, et le chiffre des dettes, en cette seule année, est de 5 970 livres.

L'Hôtel de la Reine Jeanne de Bourbon ne coûtait annuellement au Trésor que 36 000 livres tournois; celui d'Isabeau mange près de 60 000 livres. Tout cet argent semble fondre entre les mains de la Reine qui, jugeant ses revenus ordinaires insuffisants, cherche à se constituer en quelque sorte une réserve par l'accroissement de son domaine foncier.

Charles VI avait précédemment acheté pour lui, sa femme et ses successeurs, les terres, villes, châteaux et châtellenies de Saint-Dizier en Barrois, et de Vignory au bailliage de Chaumont[921]. Le 3 mai 1403, Isabeau obtint du Roi, en récompense de l'amour qu'elle lui avait toujours témoigné, et «pour certaines autres justes causes», qu'il lui transportât la possession de ces villes importantes, sa vie durant, avec tous leurs revenus[922].

[921] Arch. Nat. P 2530, fº 262 vº et 263 rº et vº.—Saint-Dizier, ch.-l.-de-cant., arr. de Vassy, dép. de la Haute-Marne.—Vignory, ch.-l.-de-cant., arr. de Chaumont, dép. de la Haute-Marne.

[922] Arch. Nat. P 2530 fº 262 vº et 263 rº et vº.


Comme nous l'avons dit déjà, c'est surtout en matière de finances que la Reine usait de ses pouvoirs.