[972] J. Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc (Paris 1841-1849 5 vol. in-8º) t. IV, p. 258.

Une version analogue est celle de P. de Sala qui a reçu les confidences d'un chambellan du Roi[973].

[973] «Monseigneur de Boissy, dit-il, me conta entre aultres choses le secret qui avait esté entre le roy et la Pucele, et bien le povoit scavoir, car il avoit esté en sa jeunesse tres aymé de ce roy, tant qu'il ne voulut oncques souffrir coucher nul gentilhomme en son lit fors que lui». J. Quicherat, Procès de réhabilitation..., t. IV, p. 280

Les anxiétés de Charles VII se trouvent aussi consignées dans le «Miroir des femmes vertueuses», où le jeune Roi nous est représenté «sillogisant la nuit en sa pensée, ses graves affaires,» et, tandis que ses gens dormaient, se levant doucement «et à nuds genoux» suppliant Notre-Dame que, «s'il estoit vray fils du Roy de France et héritier de sa couronne», elle l'aidât à recouvrer son royaume[974]. L'existence d'un secret entre la Pucelle et Charles VII est affirmée par plusieurs historiens du temps, par les témoins du procès à décharge, et si, presque tous, par prudence sans doute, prétendent ignorer ce que se dirent Charles et Jeanne, ou révèlent simplement que celle-ci rappela au Roi un vœu qu'il avait fait en son privé[975], Frère Jean Pasquel, de l'ordre de Saint-Augustin, confesseur de Jeanne, dépose que sa pénitente s'écria: «Et moi je te dis de la part de Messire que tu es vray héritier de France et fils du Roy[976]!» Cette parole rassura Charles et le releva de son accablement.

[974] J. Quicherat, Procès de réhabilitation, t. IV p. 280.

[975] Simon Charles, qui était maître des requêtes à la chambre des Comptes en 1429, et qui assistait à l'entrevue de Chinon, déclara au procès de réhabilitation «que Jeanne avait parlé longtemps avec le roi, et que celui-ci après l'avoir entendue, paraissait joyeux». J. Quicherat.., t. III p. 116.—Jean d'Aulon, chevalier célèbre par ses exploits, que Charles VII avait chargé de veiller sur Jeanne, dit: «parla la dicte Pucelle au roy notre sire secrètement, et lui dist aucunes choses secrètes lesquelles il ne sect». J. Quicherat.., t. III p. 209.—On lit aussi dans le Journal du siège d'Orléans «et depuis mesne déclara au roy en secret, présent son confesseur et peu de ses secrets conseillers, ung bien (c'est-à-dire un vœu) qu'il avoit fait dont il fut fort esbahi, car nul ne le povoit sçavoir, sinon Dieu et luy». Procès de réhabilitation, t. IV p. 128.

[976] J. Quicherat, Procès de réhabilitation.., t. III, p. 103.

Les seules insinuations des Anglais n'auraient pas suffi à troubler à ce point le cœur du jeune prince s'il n'avait entendu, dans son entourage même, d'anciens serviteurs de son père s'entretenir des scandales passés. Or, d'après nos références, ces scandales seraient postérieurs à la naissance de Charles (février 1403)[977]. En effet, la Reine ne paraît avoir définitivement rompu avec son mari que beaucoup plus tard. De plus, et sans nous arrêter à la gênante clairvoyance de Philippe de Bourgogne, un gros obstacle pourtant dans la circonstance, Isabeau aurait aimé longtemps sans découvrir son amour, et Louis d'Orléans, réputé si volage, se serait trouvé enchainé précisément à cette époque; il avait alors pour maîtresse «Maret la tonse mignote»[978], cette Maret, «qui le miex dansoit», et qui n'était autre que Mariette d'Enghien, dame de Cany, dont il eut, entre 1402 et 1404, un fils, Dunois, le célèbre bâtard d'Orléans[979].

[977] G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. I, p. 1-5.

[978] Le Pastoralet, vers 389, (Chr. Belge, textes fr., p. 585).