[159] Bibl. Nat., Estampes, Coll. Gaignieres Oa 13, fº 20.
De tels gouverneurs ne pouvaient enseigner à Isabeau que de beaux et nobles préceptes; et tout naturellement, ils devaient l'initier aux grands faits de l'histoire de son nouveau pays. Tous les deux, en gens de l'ancienne génération, ne manquèrent pas de vanter le temps passé, le précédent règne, proposant entr'autres exemples à la jeune Reine, celui de la royale épouse de Charles V, Jeanne de Bourbon, dont la cour était ordonnée en si grande paix et en si grand ordre et qui avait su vivre «en suffisante amour, unité et paix, grâce à l'honneur et révérence qu'elle portait à son mari[160]».
[160] Christine de Pisan, Le Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V..., t. I, p. 612.
Cependant le Roi et le duc de Bourgogne éprouvaient les plus grandes difficultés à triompher de l'insurrection flamande. Arrivés le premier août devant le Dam, les Français «moult grevés par les archers anglais», dans des assauts quotidiens, et décimés par la peste, ne s'emparaient de la place que le 27[161], après qu'elle avait été abandonnée par François Ackermann. Tout le pays environnant, jusqu'aux portes de Gand, fut livré aux violences des Bourguignons qui «l'ardèrent et destruisirent tout entièrement[162]».
[161] E. Petit, Itinéraire des ducs de Bourgogne..., p. 181.
[162] Froissart, Chroniques..., t. II, ch. CCXXX, liv. IX, p. 119.
Le Roi devait faire ensuite le siège de Gand; mais il changea de dessein et voulut rentrer en France. Le 21 septembre, il quittait Arras et le 25, il arrivait accompagné du duc de Bourgogne, au château de Creil où il soupa et passa la nuit[163]; dès le lendemain, il emmenait sa femme vers Paris. Ce mardi, les deux époux, toujours en compagnie du duc de Bourgogne, soupèrent et couchèrent à Luzarches[164]; le mercredi, la Reine fit sa première visite à «Monseigneur saint Denis[165]». Le jeudi, tandis que Charles VI gagnait Paris[166], Isabeau était conduite à Vincennes dans cette belle résidence qui l'emportait
«Sur tous les lieux plaisans et agréables
«Gais et jolis pour vivre et demourer
«Joïeusement[167]............»