[250] Les deux premiers surnoms sont donnés à Charles V par Christine de Pisan, le surnom de Charles le Riche se rencontre dans les chroniques bavaroises.
Fils d'un père si illustre et d'une mère chez qui la droiture de l'esprit s'alliait à une ardente piété et dont la dignité des mœurs était fameuse, Charles avait été «nourri par grant cure et diligence[251]», confié aux soins de serviteurs d'élite et entouré d'un grand luxe. Le premier sentiment développé chez cet enfant avait été la piété; il ne faisait que commencer à comprendre que déjà, il offrait une chapelle à Saint-Germain de Vitry[252]; à trois ans, on le menait en pèlerinage à Notre-Dame de Paris[253].
[251] Christine de Pisan, ibid.
[252] Le 9 décembre 1369.—Mandements et actes divers de Charles V, publiés par Léopold Delisle, dans la Coll. des Doc. Inéd... (Paris, 1874, in-4º), nº 618.—Vitry-sur-Seine, (cant. de Villejuif, arr. de Sceaux, dép. de la Seine) dépendait du doyenné de Montlhéry; sa principale paroisse avait pour patron saint Germain, évêque de Paris, mort en 576.
[253] Ibid., nº 859.
Arrivé à l'âge de «cognoistre», il avait reçu «nourritures de mœurs propres à prince et introduccion de lettres[254]». Toute une maison avait été formée autour de sa personne, et son père lui avait choisi quelques fils de seigneurs pour être les compagnons de ses jeux et de ses travaux[255].
[254] Christine de Pisan, Le livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles V, t. II, p. 24-25.
[255] Voy. Mandements et actes divers de Charles V, nombreux dons aux amis et aux serviteurs du Dauphin.
«Le Livre de Sénèque, les Gestes Charlemaine, les Enfances Pépin et la Cronique d'Oultre-mer de Godefroy de Bouillon» étaient, dès sa huitième année, les lectures accoutumées du Dauphin, ou les ouvrages que lui commentaient ses maîtres[256]. Quant aux exemples qu'il avait eus sous les yeux, c'était le loyal ménage de ses parents qui «moult s'aymoient de grant amour»; et il avait vu le deuil, «plus grant que communément ès autres hommes», porté par Charles V lorsqu'il avait perdu celle «de qui tant de beaux enfans avait eus et qui loyaulement l'avait aimé[257]».
[256] Ibid., p. 761, nº 1519.