[257] Christine de Pisan, Le livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles V, t. II, p. 19-20.—Charles appelait sa femme «le soleil de son royaume».

Le petit prince avait pu voir aussi ces hommes de gouvernement, ces graves personnages si studieux, si jaloux de la bonne renommée de la France qui entouraient et assistaient le Roi son père. Au reste, tout jeune, il avait montré d'heureuses dispositions de vaillance et d'amour de la gloire. Mais huit ans s'étaient écoulés depuis que Charles V était mort laissant cette éducation inachevée[258].

[258] Charles V était mort le 16 septembre 1380.

A vingt ans, le Roi Charles, qui venait de s'affranchir de la tutelle de ses oncles, était un robuste et brillant chevalier[259]; sa taille était au-dessus de la moyenne; sa chevelure blonde tombait sur ses épaules; ses yeux, très vifs, éclairaient un visage aux traits fins qu'estompait une barbe naissante. Sa physionomie était franche, énergique et gracieuse; ses manières étaient nobles et polies; toute sa personne, séduisante; quiconque le voyait soit «estrangier, prince ou aultre étoit amoureux et esjoy». Son affabilité égalait sa beauté; il se montrait «humain à toutes gens, sans nulz orgueil[260]». Il étonnait par sa vaillance; sa force, son intrépidité tenaient du prodige; mais ces dernières qualités, admirables chez un coureur de tournois, étaient plutôt nuisibles chez un Roi de France; le jeune prince ne rêvait que chevauchées, guerres et prouesses[261].

[259] Pour le portrait de Charles VI, voy. Religieux de Saint-Denis, Chronique..., t. I, p. 563-567.—Christine de Pisan, Le livre des faits et bonnes mœurs..., t. II, p. 26.—Chroniques de Perceval de Cagny, publ. par H. Moranvillé, (Soc. de l'Hist. de France, Paris, 1902, in-8º) p. 127-128.—«Quoique le règne de Charles VI ait été fort long, dit le Père B. de Montfaucon, on trouve peu de monuments où ce Roi soit représenté en peinture ou en sculpture. La grande maladie qui le prit l'an douzième de son règne... et les malheurs qui accablèrent le Roiaume pendant ce tems-là firent apparemment qu'on ne pensa guère à tirer son portrait.» (Monuments de la Monarchie française, Paris, 1731-1733, 5 vol. in-fº), t. III, p. 180.—Le seul document iconographique ayant quelque valeur au point de vue de la ressemblance est une figure du Roi représenté debout, tirée de son tombeau à Saint-Denis; voy. Bibl. Nat. Estampes, Oa 13, fº 3.

[260] Christine de Pisan, Le livre des faits et bonnes mœurs..., t. II, p. 26.

[261] «Il se esbatoit aux gieux de paulme, de saillir, de dancer..., et de touz autres gieux honnestes, autant doulcement et humblement que peust faire le filz d'un simple chevalier.» Chronique de Perceval de Cagny, p. 127.

Quand, au lendemain du sacre, le peuple avait vu «son enfance si encline à armes, chevalerie, désir de voyagier, et entreprendre faiz», il avait jugé que «celluy roy estoit né lequel ès prophecies promises qui doit faire les grandes merveilles[262]». Le Dauphin, devenu Roi, le croyait lui-même; et, comme c'était la politique de ses oncles de faire la guerre,—aux frais du royaume pour leurs intérêts personnels,—sans aucune retenue, il s'abandonnait à sa passion immodérée pour les combats et toutes les choses de la chevalerie, oubliant les principes de sagesse et de prudence qui avaient inspiré les actes de Charles V.

[262] Christine de Pisan, Le livre des faits et bonnes mœurs. t. II, p. 25.