[342] Religieux de Saint Denis, Chronique de Charles VI, t. I, p. 609.—La nouvelle fit grand bruit en tous ces pays; Jean Froissart qui était alors en Hollande auprès du comte de Blois, s'empressa de revenir: «Je prins congé, dit-il, pour retourner en France, pour être à une très noble fête qui devoit être en la ville de Paris à la première entrée de la reine Isabel de France... Pour savoir le fond de toutes ces choses, je m'en retournai parmi Brabant et fis tant que je me trouvai à Paris huit jours avant que la fête se tint ni fit». Chroniques..., livre IV, ch. I (éd. Buchon, t. XII, p. 5-7.)

En même temps, par des lettres royales, données en faveur de la Reine, l'amnistie fut promise aux exilés et aux proscrits qui auraient regagné leurs provinces dans les quatre mois[343].

[343] Ibid.

Pendant que les seigneurs et les chevaliers étrangers ou provinciaux, qui répondaient à l'appel de Charles VI, se dirigeaient vers Paris, la cour et la ville poursuivaient fébrilement les apprêts des fêtes royales: draps de velours et de soie, pelleteries et joyaux passaient des boutiques des grands marchands, fournisseurs de la cour, entre les mains des tailleurs et des brodeurs de la Maison du Roi et de celle de la Reine[344]; et, pour trouver des étoffes plus rares, Jeannet d'Estouteville, écuyer de corps de Charles VI, était dépêché en Angleterre[345]. Les orfèvres parisiens et les marchands de Gênes ne parvenant pas, quelque somme qu'on leur offrît, à fournir tous les galons d'or et d'argent, les broderies, les joyaux et parures nécessaires, les trésors de bijoux et d'objets précieux, enfermés à Vincennes et à Melun, furent en quelque sorte réquisitionnés. La Chambre des Comptes délégua les plus probes de ses membres pour aider et surveiller les serviteurs royaux dans le transfert, à l'hôtel Saint-Pol, du grand coffre de Vincennes, et dans l'enlèvement de quelques-uns des plus riches bijoux de Melun[346]. En présence des magistrats désignés, les couronnes, les croix d'or, les colliers, les patenôtres ornées de perles furent littéralement dépecés «pour être employés en autres joyaux pour la venue de la Reine[347]»; l'or fut remis aux orfèvres pour la fonte, les perles aux tailleurs de robes pour les garnitures. Il semblait que tout le monde, à la cour, renouvelât sa garde-robe aux frais du Roi.

[344] Arch. Nat. KK 20, fº 6-16, 99-111.

[345] Ibid., fº 15 vº.

[346] Arch. Nat. KK 20, fº 14.

[347] Ibid., fº 14 et 15.

Du reste, Charles VI lui-même prescrivait les costumes qui devaient être portés pendant les fêtes prochaines; il indiquait la nature et la quantité des étoffes à employer; par exemple les draps et les pennes, la soie et la pelleterie nécessaires aux houppelandes des ministres, des principaux officiers de l'Hôtel, les petits draps pour les chevaucheurs de l'écurie, les draps de sac pour les houppelandes de certains chevaliers et officiers de moins haut rang[348]. Le 15 août, presque à la veille du grand jour, il écrit encore aux gens des Comptes: «Nous voulons et vous mandons que faites promptement bailler et délivrer à notre amé et féal argentier... soixante douze frans d'or pour acheter six satins lesquelz par lui seront distribuez à la venue de notre tres chiere et très aimée compagne la Royne[349]