[527] Froissart, Chronique..., t. XIII, p. 148.—Pour remercier le ciel du salut du Roi, et aussi pour apaiser la colère du peuple, les ducs de Berry, de Bourgogne et d'Orléans allèrent ce même jour, nu-pieds, en procession de la porte Montmartre à l'église Notre-Dame, où ils assistèrent à une messe d'actions de grâces; de son côté, Charles VI se rendit à cheval, à la cathédrale. Religieux de Saint-Denis, Chronique..., t. II, p. 71.
Mais il faut considérer qu'à cette époque, la femme, chez Isabeau, l'emportait encore sur la Reine; le bonheur conjugal recouvré l'occupait tout entière; et quand, au commencement de 1393, elle se sentit enceinte, elle ne douta plus que le ciel ne lui accordât de nouveau, et pour toujours, sa protection.
Pour que l'issue de sa sixième grossesse fût heureuse, elle redoubla de ferveur dans ses exercices de piété et dans ses pèlerinages; c'est alors qu'elle se fit fabriquer un «Agnus Dei à mettre pains à chanter» pour le porter jusqu'à sa délivrance[528].
[528] Isabeau se rendit en pèlerinage à Chartres. «L'an mil CCCIIIxx et XIII fut la raine de France à Chartres et fusmes paiés du vin et du pain le jeudi XVe jour du moys de may». Cartulaire rouge de la léproserie du Grand Beaulieu à Chartres. Bibl. Nat., nouv. acq. latines 608, p. 203.
Au mois de juin, le malheur, qu'elle croyait à jamais écarté, la frappait de nouveau. Charles VI étant à Abbeville, pendant que ses oncles négociaient la paix avec l'Angleterre aux conférences de Lelinghen, eut une seconde attaque de folie, et on le ramena au paisible séjour de Creil[529].
[529] Froissart, Chroniques, liv. IV, ch. XXV, t. XIII, p. 167-188.—Jarry, Vie politique de Louis d'Orléans, p. 117-118.—Peut-être, est-ce à cette seconde attaque de folie du Roi qu'il faut rapporter ce que dit Froissart du secret gardé envers la reine en août 1392.
Le 22 août, sur les dix heures du soir, la Reine accoucha d'une fille, au château de Vincennes; et, le lendemain, au baptême, l'enfant reçut le nom de Marie[530], pieusement porté par une tante de Charles VI[531], abbesse du monastère de Poissy. Ce nom fut choisi par Isabeau elle-même, et elle promit, en même temps, de consacrer sa fille à Notre-Dame, si le Roi approuvait son vœu.
[530] Le Père Anselme, Histoire généalogique..., t. I, p. 114.—Vallet de Viriville, Notes sur l'Etat civil des princes et princesses nés de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. (Bibl. Ec. Chartes, 4e série, t. IV, p. 477).
[531] Marie de Bourbon, était une sœur de la reine de France Jeanne, femme de Charles V.
Mais cette fois, Charles était irrémédiablement atteint; huit mois se passèrent sans qu'il parût seulement revenir à la santé[532]; puis une amélioration se produisit, qui fut bientôt suivie d'une rechute; et il en sera ainsi durant vingt-neuf ans, jusqu'à ce que la mort délivre enfin le malheureux prince. Pour ne parler que des premières années de cette affreuse maladie, rappelons que le Roi fut tout l'été et tout l'automne de 1395 dans un état désespéré; et qu'en 1399, par exemple, il retomba six fois dans son délire; et chaque accès était plus grave que le précédent.