«Bon dogue, voulez-vous que je m’approche un peu?
Dit l’écolier plaintif. Je n’aime pas mon livre;
Voyez! ma main est rouge, il en est cause. Au jeu
Rien ne fatigue, on rit; et moi je voudrais vivre
Sans aller à l’école, où l’on tremble toujours.
Je m’en plains tous les soirs, et j’y vais tous les jours.
J’en suis très mécontent. Je n’aime aucune affaire;
Le sort des chiens me plaît, car ils n’ont rien à faire.
—Ecolier! voyez-vous ce laboureur aux champs?
Eh bien! ce laboureur, dit Stentor, c’est mon maître.
Il est très vigilant; je le suis plus peut-être.
Il dort la nuit; et moi, j’écarte les méchants.
J’éveille aussi ce bœuf qui, d’un pied lent, mais ferme,
Va creuser les sillons quand je garde la ferme.
Pour vous-même on travaille; et, grâce à nos brebis,
Votre mère, en chantant, vous file des habits.
Par le travail tout plaît, tout s’unit, tout s arrange.
Allez donc à l’école; allez, mon petit ange!
Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eux:
L’ignorance toujours mène à la servitude.
L’homme est fin, l’homme est sage; il nous défend l’étude:
Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux;
Les chiens vous serviront. L’enfant l’écouta dire;
Et même il le baisa! Son livre était moins lourd.
En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court.
L’espoir d’être homme un jour lui ramène un sourire.
A l’école, un peu tard, il arrive gaîment,
Et dans le mois des fruits il lisait couramment.
L’OREILLER D’UNE PETITE FILLE
Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi:
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors tien sur toi!
Beaucoup, beaucoup d’enfants pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir;
Ils ont toujours sommeil. O destinée amère!
Maman! Douce maman! Cela me fait gémir.