Elle fuit et se perd sur la route embaumée.
Le frais lilas sortait d’un vieux mur entr’ouvert;
Il saluait l’aurore, et l’aurore charmée
Se montrait sans nuage et riait de l’hiver.
Une Hirondelle passe: elle effleure la joue
Du petit nonchalant qui s’attriste et qui joue;
Et, suspendue au nid qui l’abrita deux fois,
Fait tressaillir l’écho qui dort au fond des bois.
«Oh! bonjour! dit l’enfant, qui se souvenait d’elle:
Je t’ai vue à l’automne; oh! bonjour, hirondelle!
Viens! tu portais bonheur à ma maison, et moi
Je voudrais du bonheur. Veux-tu m’en donner, toi?
Jouons.—Je le voudrais, répond la voyageuse,
Car je respire à peine, et je me sens joyeuse.
Mais j’ai beaucoup d’amis qui doutent du printemps;
Ils rêveraient ma mort si je tardais longtemps.
Non, je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance
J’emporte un brin de mousse en signe d’espérance.
Nous allons relever nos palais dégarnis:
L’herbe croît, c’est l’instant des amours et des nids.
J’ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère,
Je vais chercher mes sœurs, là-bas sur le chemin.
Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère;
Il faut en profiter. Je me sauve... A demain!»
L’enfant reste muet, et, la tête baissée,
Rêve et compte ses pas pour tromper son ennui,
Quand le livre importun, dont sa main est lassée,
Rompt ses fragiles liens et tombe auprès lui.
Un dogue l’observait du coin de sa demeure;
Stentor, gardien sévère et prudent à la fois,
De peur de l’effrayer retient sa grosse voix.
Hélas! peut-on crier contre un enfant qui pleure?