O joie d'école! o découverte pleine d'avenir et de moqueries!

René était bègue. C'était à l'adorer, c'était à n'en plus douter, c'était à frémir d'espérance à chaque parole qui allait prendre une forme inattendue sous cette langue esclave. Les deux blessés furent guéris. Ils burent joyeusement l'humiliation du jeune infirme qui faisait oublier la douleur, et ils ne cachèrent plus leurs contusions.

Que faut-il vous dire de tout ce que souffrit l'humble et patiente créature, servant de risée à cette petite populace fanfaronne? c'est à ne pas rendre, à souffrir de se le rappeler, à haïr, si l'on pouvait haïr, ceux qui amassèrent sur lui plus de maux que l'infortune et la nature, un moment distraite en le formant, n'en avait laissé choir sur cet inoffensif et pauvre garçon. C'était peu d'être bègue, lent à démêler sa pensée sous les nuages que la raillerie amoncelait autour de sa tête humiliée, il devint presque muet; car il avait tant de crainte de faire rire en parlant, qu'il ne parlait plus. Les mots les plus brefs lui causaient des peines infinies à sortir de ces lèvres; elles tremblaient, s'agitaient à vide, et l'effort inutile produisait une contorsion pénible qui ravissait les lâches oppresseurs de René.

Une douleur vive qu'ils se plaisaient à lui faire sentir tous les matins sans qu'il osât s'en plaindre, c'était de l'éveiller en sursaut, lui qui avait le sommeil le plus complet de son âge, ce sommeil de marmotte, dans lequel toute la vie extérieure est suspendue ou cachée, où pas un cheveu ne bouge, et que les mères ont tant peur de troubler! C'était la joie des lutins rassemblés autour de ce pauvre enfant immobile, qui riaient aux anges, comme on dit. Ils poussaient tout-à coup une clameur si furieuse dans l'oreille du dormeur, qu'il bondissait hors de son lit, tandis que les écoliers, sans paraître s'occuper de lui, filaient en chantonnant de côté et d'autre. C'était du beau! de quoi les rendre bien fiers: je vous laisse y penser.

René s'habillait triste et comme ivre de cette fanfare qui le rendait au mouvement avec une violence propre à lui rompre le coeur. Pauvre René! ce n'était plus ce réveil entr'ouvert par une voix douce, qui coulait d'abord à son ame. Il n'y avait plus de main caressante qui roulait sur son front comme pour en écarter le sommeil. Il n'entendait plus cette femme absente lui souffler patiemment: Allons, René! allons, mon garçon! c'est jour! Et le prendre, et rire tout bas et l'habiller à demi, et répéter: «Allons:» jusqu'à ce qu'il rît à son tour, en ouvrant ses yeux doux et pleins de pitié de cette femme, dont la bonté l'avait rendu bon jusqu'au coeur!

Oh! respectez le sommeil de l'enfance. Qui sait si ce n'est pas alors que l'ame rend sa visite à Dieu.

II.

LES PETITS NAGEURS.

On arriva ainsi jusqu'en juillet 1830. L'extrême chaleur ralentissait parfois le courage des écoliers. René savait lire et causait souvent tout bas avec ses livres, ses bons amis, qui ne lui faisaient pas la grimace. Il savait écrire et il parlait de cette manière sans bégayer. On trouvait sur toutes ses pages.

—Bon jour, ma mère! comment vous portez-vous?