—J'aime mon père et ma mère.

—Je voudrais bien aller voir ma mère!

—Quand je serai grand, je soignerai ma mère, et je la laisserai dormir! Elle dormira si elle veut jusqu'à huit heures.

—Oh! je voudrais qu'il ne fît jour qu'à huit heures!

Sa parole écrite était correcte et vraie; son écriture presque élégante. Ma mère! était surtout enjolivé de traits tout-à-fait jolis. C'était comme une manière de couronne qu'il avait un sérieux plaisir à composer autour. Il se croyait heureux quand on le laissait là, quand il marchait vite, seul et libre, le nez au vent, jetant ses bras devant lui, sur sa tête, en tous sens, comme un être fort qui veut grandir. Personne dans l'école ne le haïssait, il ne troublait personne, il était même aimé comme une espèce de joujou solide sur lequel on se jetait quand les autres étaient cassés.

On l'appelait souvent bègue-bête pour rire, et plus souvent bonne-bête. Quelques ricaneur peut-être avaient rencontré ses yeux; c'étaient de ces yeux qui lancent une pensée toute chaude, toute claire; son regard ne bégayait pas plus que son âme; vous allez voir! Car je l'aime, moi, ce petit René; je veux vous le raconter des pieds à la tête.

Ce jour-là, en juillet, un jour tout de feu et de vacance, on alla se baigner. Toute l'école avait soif d'eau, de cette belle eau dont le bruit rafraîchit l'oreille, dont le courant plein de perles blanches semble entrer par les yeux dans l'imagination altérée de ceux qui la regardent.

Dernier venu dans l'école, à l'époque de l'année où les bains de rivière sont clos jusqu'à l'autre été, René ne savait pas nager.

—René, lui dit-on, vous veillerez sur les habits et vous regarderez comme font les autres pour vous déniaiser un peu. Le maître de natation vous commencera bientôt.

René avait répondu oui, par un signe de tête; car il avait toujours l'épouvante de dire: ou... ou....oui! c'était plus fort que lui.