Cependant elle, courageuse, ordonna d'une voix calme à son fils d'aller chercher les objets réclamés, ne prévoyant que trop la nouvelle humiliation qui l'attendait.

Henri, la tête penchée sur l'estomac, traversa eu chancelant la foule des témoins et revint chargé de l'emprunt où personne ne reconnut un sabre, ni un bonnet de hussard. C'était laid, c'était humiliant pour la mère.

Elle les prit des mains de son coupable enfant, et lui dit avec une tendre sévérité:

«—Vous vous êtes trompé, Henri, ceci n'est pas ce qu'on réclame.» Et elle jeta cette horreur dans un grand feu.

Puis ouvrant une armoire où elle aimait à renfermer les douces surprises de Henri, elle en retira le plus beau shako de hussard qu'on ait jamais vu au monde, un sabre superbe, non en fer-blanc, mais d'acier bien trempé, élégamment soutenu par un ceinturon de maroquin rouge brodé d'or, enrichi d'agrafes à têtes de lions dorées.

—Voilà, dit-elle, ce que j'avais destiné aux étrennes de Henri, connaissant tout son penchant pour les parures militaires. Dites à son ami Alphonse avec quel plaisir et quel empressement il le lui envoie, heureux de restituer ce qu'il a si indignement détruit.

Henri n'emprunta plus rien, Sa mère lui fit comprendre: que l'emprunteur de profession n'est qu'un voleur prudent.

LE PÉLICAN OU LES DEUX MÈRES

Tout perdu dans les soins de sa jeune famille,