—Eh bien! monsieur le tyran, dit-il, comment vous trouvez-vous maintenant? pensez-vous qu'il soit doux d'être traité comme vous traitez votre chien?

L'enfant rêvait, mais l'ardent Facteur poussait des cris lamentables, comme s'il eût demandé la grâce de son maître. Il y avait même une grosse larme dans ses yeux, et ses deux pattes levées s'agitaient en tous sens devant l'homme comme deux bras d'avocat.

—Si votre chien ne plaidait pas avec tant d'éloquence pour vous, dit l'homme, je vous ferais courir ainsi par la ville. Aimez-le donc bien, car c'est lui qui vous délivre! et il retira la pierre des cheveux douloureux de l'enfant.

Monsieur! dit celui-ci, touché de repentir et caressant son chien, qui le regardait avec tendresse, prenez Facteur avec vous; je l'ai rendu trop malheureux pour oser encore être son maître.

—Eh! bien gardez-le, dit l'homme, pour réparer votre dureté envers lui. Vous voyez bien qu'il vous aime encore, et que vous seul pouvez le consoler du mal que vous lui avez fait.

—Je crois qu'il ne voudra plus me suivre, repartit le garçon humilié.

—Marchez devant lui, et moi, je vais l'appeler pour l'éprouver encore.

—L'enfant s'éloigna, plein d'anxiété, tandis que le passant invitait Facteur à le suivre.

Oh! Facteur avait bien autre chose à faire!

—Me voilà, sembla-t-il dire à son maître, en sautant d'un bond jusque sur sa poitrine.