LE RETOUR DE LA POUPÉE.

—Bonjour, Alphonse, dit le lendemain monsieur Sarrasin en entrant dans la maison de son petit neveu, qu'il trouva dans la cour.

—Ah! mon oncle, quelle joie de te voir!

—Je l'imagine bien, mon ami, et puis voilà ta cousine un peu malade, qu'il faut distraire et guérir. C'est une heure de plaisir que nous venons te demander.

—Quel bonheur! quel bonheur! quel bonheur! cria de toute sa tête Alphonse en voltigeant à travers l'escalier, où il tirait de toute sa force son oncle par la main: maman! c'est mon oncle! c'est petite cousine » et sa mère ouvrit avec empressement.

Au milieu de l'entretien amical qui s'engagea, monsieur Sarrasin observait le maintien de sa fille. Il craignait qu'elle n'en voulut dans son coeur à ce jeune garçon, auteur vrai ou supposé d'un si grand chagrin. Mais il ne vit nulle trace d'inimitié ni de bouderie sur ce petit front rêveur, et l'aima bien mieux encore. Amour à ceux que la douleur n'aigrit pas; qui ne rendent pas les autres responsables de leur extrême sensibilité! Alphonse l'avait fait souffrir, mais Alphonse n'était pas méchant; il n'était qu'étourdi.

Cette petite le sentait bien, elle était si bonne, si triste de la perte de Fauvette, qu'elle n'avait pas besoin de joindre à son mal d'amitié, le mal qui mord le coeur, la haine. Sa mère avait dit une fois devant elle que la haine ferme la porte du ciel: oh! cette petite voulait aller au ciel, elle ne voulait qu'aimer, comme les anges, comme sa mère!

«—Figure-toi, Alphonse, dit monsieur Sarrasin au joyeux enfant qu'il avait pris entre ses genoux, et qui grimpait dessus comme un chevreau, figure-toi que j'ai du chagrin.»

Alphonse dressa l'oreille, cessa de se rouler sur son oncle, et le nez en l'air, les cheveux éparpillés sur son front qui devenait grave, il écouta tout frappé d'intérêt, la suite de ce mot qu'il avait répété vivement:—du chagrin.

—Oui, Alphonse, du chagrin! je peux te confier cela, à toi, qui es un grand garçon, le cousin, l'ami, le défenseur de mes filles, à défaut de frère, qu'elles n'ont pas: tu comprends?