—Prenez-le, Marie; car c'est un pauvre oiseau presque mort de froid.
—Où l'avez-vous trouvé, Georges?
—Engourdi sur la neige, Marie.
—Pauvre oiseau! dit-elle; quelque méchant garçon t'aura coupé les ailes, et tu seras tombé du toit, sans pouvoir voler. Mais je te ferai un nid; j'y mettrai de la laine chaude pour t'y coucher, et tu auras ta nourriture de ma main, jusqu'à ce que tes ailes soient repoussées. Ainsi, ne crie pas, pauvre oiseau; cela me fait mal dans le coeur de l'entendre gémir.
Elle nourrit ainsi le jeune oiseau jusqu'à ce qu'il pût sautiller et voler. Georges le regardait avec joie, tout guéri et si familier qu'il s'élançait de sa cage, quand on lui disait seulement: petit! petit! Georges fut si content qu'il embrassa Marie en lui disant: tu es bonne!
Par un jour de soleil et tout près du printemps, Marie regardait le ciel à travers la fenêtre; elle dit en elle-même: C'est pourtant là le vrai séjour des oiseaux; le nôtre a des ailes à cette heure; quelle serait sa félicité de remonter vers ces beaux nuages d'or, et dans ce fond d'azur, sa splendide maison, sa première maison!
Petit! petit! cria-t-elle, courageusement; et l'oiseau vola sur son épaule.
Adieu! poursuivit Marie en versant une larme, qui tomba sur l'aile de l'oiseau, et en ouvrant précipitamment la fenêtre: Je t'aime mieux, dit-elle, pour toi-même que pour moi. Je t'ai rendu des ailes, ce serait affreux de les énerver dans une cage.
L'oiseau, ébloui d'abord, et un peu chancelant au grand air, fixa bientôt hardiment cette vivifiante lumière du ciel; il étendit trois fois ses ailes palpitantes, et disparut enfin dans l'espace inondé de soleil. Marie revint seule près de la cage vide, où elle appuya son coeur, et prenant dans ses deux petits bras cette cage triste, comme la chambre d'un ami perdu, elle dit tout has: C'est lâche à moi de pleurer, car j'ai bien fait.
Tout à coup, Georges entra en sautant.