C'est à cause de cela, répondit son père, l'eau ne vaut rien aux poupées. Ta tendresse lui a déjà fait mal; il ne faut pas dévorer ce qu'on aime. Trop de caresses étouffent un enfant. Une surveillance calme et active, une douce liberté autour de ta fille, comme pour tout ce que tu aimeras au monde, ce sera le meilleur secret pour le conserver.

—Fais-la guérir, dit Augusta les mains jointes, et je te promets de l'embrasser bien doucement.

Lutine fut envoyée chez un médecin célèbre de poupées au grand bazar où elle avait été choisie; et dès le soir même, elle rentra rue des Pyramides, plus rouge que jamais.

Monsieur Sarrasin observait en même temps que Marceline, la plus petite et la plus frêle, n'enseignait ni la tapisserie, ni la danse à Fauvette. Elle la regardait quelquefois, caressait doucement ses souliers de satin et ses mains un peu cachées par des manchettes de blonde: mais c'était une admiration froide ou craintive que ne pouvait expliquer son père.

—Pourquoi ne danses-tu pas avec Fauvette, mon petit ange? lui demanda-t-il; elle doit être légère comme ses plumes. Sa robe de crêpe blanc est si bien garnie de fleurs!»

Marceline d'abord ne répondit pas: puis, comme si sa pensée sortait à son insu de sa bouche, elle dit: je n'ose pas l'aimer.»

—C'est singulier; pensa Monsieur Sarrasin.

III.

LA PORTE DU CIEL.

Comme le temps était fort beau le lendemain, bien qu'il fit froid d'une dernière gelée, après que les leçons furent apprises, que l'active gouvernante eut habillé ses quatres petites maîtresses qu'elle aimait avec dévotion, on déjeuna de bonne heure, on sortit à pied tous ensemble. La vieille Suzanne, chaudement parée, guidait ce petit troupeau dont elle était fière, et Monsieur Sarrasin le suivait de près avec la surveillance et la sollicitude d'un père.