Elle avait déjà pesé bien souvent ses joujoux les uns après les autres, ils devenaient de plomb; à la fin, elle demeura muette devant eux, les bras pendants, les yeux fixes; sa poupée était tombée en désordre, sans que Marie eût tremblé qu'elle ne se blessât; au contraire, elle la releva avec une moue pleine de reproches, en l'appelant assez aigrement traîne-à-terre! La soumission de cette poupée, favorite déchue, plus muette qu'à l'ordinaire, ne la toucha point. Elle s'avoua même un peu qu'elle était en carton: l'ennui désenchante tout.
Par bonheur, la chatte Mouflette montra tout à coup son nez rose à travers les vitres de la Fenêtre entre-ouverte et Mouffette parut illuminer la chambre, où rien ne bougeait, où rien ne parlait plus à Marie. Mouffette peupla le désert.
D'abord elle fut caressée. Contente elle-même de l'accueil distingué de sa petite maîtresse, elle miaula d'une voix flatteuse et ce ron-ron des chats satisfaits ranima un moment la solitude de Marie: on s'aima, on dansa!
Mais Marie, comme pour se venger d'avoir langui toute seule, y mettait une sorte d'ardeur qui déplût à Mouflette. Peu passionnée pour la danse, elle refusa de se prêter au jeu; Marie la traîna alentour d'elle avec obstination, et lui tira très-imprudemment la queue. Ce procédé parut si inconvenant à Mouffette, que, de sa patte demeurée libre par oubli de sa danseuse, elle lui fit une longue égratignure sur son visage penché vers le sien, et s'enfuit lestement par où elle était entrée.
—Ingrate! cria Marie, en tenant sa figure, voilà comme tu m'aimes, pour mon lait de tous les jours. C'est bon! je le dirai a maman.».
Mouffette ne l'écouta pas plus que si elle eut chanté. Alors, Marie chercha sa mère pour la prier de lui inventer un nouvel amusement, ou pour jouer avec elle; mais sa mère active, qui savait le prix des heures, en apprenait l'emploi à ses autres enfants; la petite fille ne la trouva donc point. Elle se traîna au miroir, et fit des grimaces. Elle s'assit encore silencieusement dans un coin de la chambre, où bâillante et accablée, elle pria Dieu pour l'arrivée de ses soeurs. Tout en priant, tout en soupirant, ne reconnaissant plus rien autour d'elle, elle cacha sa tête dans tous ses joujoux morts comme son bonheur, et s'endormit de désespoir.
Ce fut ainsi que la trouvèrent ses soeurs, ses soeurs éveillées comme des souris joyeuses. Elles avaient bien su leurs leçons, et poussaient des chants pleins d'espoir et d'appétit: la bonne mettait le couvert!
Marie les regarda, les yeux gonflés d'un mauvais sommeil. Quand elle voulut se lever, elle était lasse et raide comme dans une fièvre de croissance.
—Es-tu malade? Marie, lui demandèrent ses soeurs qui l'aimaient tendrement.
Marre déclara qu'elle était bien malheureuse.