Les flèches jouèrent leur rôle; rôle affreux!

La mort montre un bout de sa faux partout. On dirait que les enfants l'agacent dans leurs jeux pleins d'imprévoyance: elle tourne autour de ceux qui n'ont pas de respect pour les ordres de leur père.

Les flèches, en apparence plus élégantes qu'acérées, ressemblant par leur extrémité à l'aile d'un oiseau gracieusement ouverte, s'entremêlèrent bientôt aux acclamations confuses de: oak! oak! et de tout ce qu'on pouvait inventer de plus sauvage, lorsqu'une douleur aiguë arracha un vrai cri, un vrai aie! si naturel, et si perçant qu'il termina le combat. Alfred était blessé au doigt, et bien qu'il voulut rire, il paraît qu'il n'en eût pas la force. La piqûre le mordit jusqu'au sang.

La voix du père, retentissante comme la voix de la conscience qui s'éveille, parvint dans leurs oreilles dressées de peur.

—Alfred! Emile! Blondel! allons donc, messieurs! où êtes-vous tous les trois!

Personne n'osa souffler.

—Bientôt des pas d'homme approchent. Monsieur Le Fémi, poussé par un battement de coeur de père, une arrière-crainte qu'il n'avait pas encore sentie, atteint le bout de l'allée: il pousse un cri sourd en voyant la fenêtre entr'ouverte. Il n'attend pas le porteur qui le suit chargé d'une énorme caisse d'emplettes rares.

Sans prendre le temps d'ouvrir la porte dont il tient la clé dans sa main qui tremble, il apparaît comme un Dieu terrible... et sauveur, aux yeux des sauvages qui tombent à genoux, eux et leurs plumes, humiliés dans la poussière.

Un coup d'oeil rapide jeté sur leur costume, qui l'eût fait rire, s'il ne l'eût épouvanté, fait jaillir dans son âme une pensée funeste qui surmonte son indignation.

—Qu'avez-vous fait! s'écrie-t-il, vous surtout, Alfred, vous l'aîné, le premier après moi, pour les guider, méchant garçon!