—Tu le garderas, dit Alfred, sans faiblir.

Les plus jeunes tremblaient sous leurs plumes tandis que le père, dans un sublime sang-froid, brûlait la plaie vive de son fils qu'il disputait à la mort. La force humaine n'alla pas plus loin: et quand il eut terminé cette opération pour laquelle Dieu le soutenait, il serra convulsivement la tête d'Alfred sur sa poitrine, et perdit connaissance.

Ce ne fut que longtemps après ce jour, dont l'impression forte et salutaire est encore gravée chez ces enfants corrigés, que la mère d'Alfred apprit l'événement qui s'était passé si près de sa chambre. Malade alors, elle n'en sortait pas. L'enfant ne se plaignit point, ne versa point de larmes, quand elle s'aperçut avec de vives craintes qu'il avait la main enveloppée:—Ce n'est rien, ma mère, rien du tout, dit-il en s'enfuyant pour ne pas lui donner le saisissement d'une telle vue. Il chanta même de toutes ses forces, ce qui rassura et fit sourire la mère.

Mais il pleura, oh! il pleura beaucoup avec son père, parce que ce bon père en voulant faire des reproches justes à son garçon, fut tout-à-coup étranglé par des sanglots qui firent tomber Alfred à ses pieds. Il les mouilla de larmes.

—Oui! pleure! pleure! dit-il; nous pouvons être un moment faibles l'un devant l'autre: nous avons eu l'un pour l'autre tant de courage!

L'OREILLER D'UNE PETITE FILLE.

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,

Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi!

Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,

Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi!