Il marche! il marche!
A la fin, quelques chaumières apparaissent sur le chemin. Ses regards affamés se portent vers les enseignes, point d'enseignes! enfin, au milieu de quelques paires de sabots, de harengs saurs et de savon vert, trois brioches de campagne et des oeufs rouges de Pâques dernières raniment le voyageur épuisé. Il paie sans marchander la somme qu'on lui demande de ces denrées desséchées au soleil, puis il remet, comme l'homme errant de l'écriture, cinq sous dans sa poche. Il croit, comme le juif maudit, que ces cinq sous se renouvelleront: vous allez voir.
Quoiqu'il en soit, il mange les oeufs durs et les brioches qui tombent en poussière, et reprend haleine un moment devant une femme à demi-stupide, qui le regarde baigné de sueur et défiguré de poussière, sans s'inquiéter ni d'où vient, ni où va ce petit arpenteur de grand chemin.
—Pour aller chez ma tante, dit-il, c'est-il encore loin?
—Quelle tante? demande la maîtresse de ce bazar de hameau.
—Ma tante, quoi! ma tante Dorothée Carbonnel.
—Je ne sais pas ce nom là, repart la femme insoucieuse en se remettant à tirer le lin d'une quenouille de chanvre.
—«Mais, ma tante Dorothée Carbonnel, comment! repart Oscar qui ne comprend pas que sa tante soit inconnue à quelqu'un dans le monde, elle est à Dammartin, ma tante! et c'est ma tante.»
—«Ah ben! faut que vous retourniez sur vous, et puis prendre la fourche à votre main droite, et ce sera par là. Y aura toujours quéque laboureur en champ pour vous montrer.»
Oscar dérouté et las du repos même qu'il avait pris, car il en sentait mieux sa fatigue, rebrousse chemin. Alors le soleil lui donna en plein dans la figure, sans chapeau, sans quelques larges feuilles pour cacher un peu sa tête qui bout comme au milieu de la chaudière de midi; c'est à tomber sur place; aussi lève-t il pesamment cette poussière qu'il faisait voler naguère avec tant d'insolence.