—D'où provenait la maladie de Lutine? manda Monsieur Sarrasin, moitié sérieux, moitié riant.

Le docteur mangeait, se reposant sur ses lauriers. Augusta répondit avec vivacité que Lutine avait fait son malheur elle-même, qu'elle se serrait dans son corset de manière à s'étouffer, ce qui la rendait très-agacée et très-pâle.

Enfin, papa, sans moi, elle serait devenue poitrinaire. C'est une folle, sans soin d'elle-même, jamais en place, une petite ramasse-poussière qui me fait tourner la tête.

—Je comprends, dit son père, en frappant doucement sur cette petite tête agitée, qu'il faudra lui donner un bien bon exemple pour la corriger. La tienne, Valérie, paraît en bonne santé.

—Oui, papa, elle danse toujours, et je lui apprends le pas du châle pour te faire une surprise le jour de ta fête. Oh! papa! elle valse presque seule sans s'étourdir.

—Il faut lui faire une récompense de cet amusement, mon ange: on peut danser de joie quand on a bien rempli tous ses devoirs; j'y veillerai avec toi. La tienne, Albertine, comment se conduit-elle?

Albertine ne répondit rien qu'en courant chercher les preuves de l'excellente conduite de Prudente. Elle rapporta, dans un doux silence, l'ouvrage de tapisserie terminé avec une propreté ravissante; puis elle étala, avec un sourire d'une petite mère satisfaite, un trousseau cousu de la façon la plus solide. Ce trousseau se composait déjà d'une paire de draps ourlés, marqués au nom de Prudente; quatre chemises à manches longues en forme de peignoir; quatre manteaux de lits, des béguins bordés d'une petite dentelle de Lille et quatre mouchoirs ornés de son chiffre.

Avec cela, dit l'enfant plein de joie, elle peut attendre. Elle m'a bien aidée, cette chère mignonne! Oh! papa que je l'aime! et que je suis contente quand nous travaillons ensemble!—je t'aime aussi, dit son heureux père, et je te donne dès ce moment le droit de surveillance sur toutes les poupées de la maison; elles y gagneront beaucoup et tes jeunes soeurs davantage.

Les plus petites embrassèrent tendrement Albertine, qui les baisa d'un baiser plein d'amour et d'avenir. Je dois vous dire, pour l'avoir vu de mes yeux qu'elle devint, en effet, plus tard, le guide et l'appui de ses soeurs, dont elle est encore adorée.

Dans un moment de réflexion fort rare chez Augusta, elle regardait un peu tristement les ravages que sa tendresse avait produit chez Lutine, qui n'était plus que l'ombre d'elle-même,—Veux-tu la mienne? dit Marceline, que personne ne soupçonnait en observation dans un coin; mais dont les yeux intelligents perçaient toujours jusqu'à la tristesse des autres. Prends la mienne, prends, petite soeur; tu soigneras, Lutine et Fauvette te réjouira.