—Elle m'écoute, répondait l'enfant, elle m'entend!» Et l'avenir de cette petite fille l'inquiétait plus que celui de la rangeuse Albertine, plus que celui de la bondissante Valérie; plus même que celui d'Augusta, dont le caractère impétueux pouvait se modifier, et l'exempter à coup sûr de toutes les maladies de l'âme.

VI

LA POUPÉE PERDUE.

Alphonse avait passé tout un jour de congé au milieu de ses jeunes parentes, et ce jour s'était écoulé comme une heure. Le jardin déjà embaumé, la cour où il y avait de l'herbe et des poules, les greniers où vivaient des pigeons à la plume éclatante au soleil, tout avait maintenu la joie et la concorde dans cette jolie famille; pourtant Marceline devint triste après le départ d'Alphonse. Elle le fut le lendemain, le surlendemain, longtemps, jusqu'à ce que l'on s'aperçut qu'il y avait de profonds soupirs dans son silence, que ces soupirs ressemblaient presque à des sanglots et qu'enfin sa santé s'altérait d'une manière sensible.

Son père la portait dans ses bras, la faisait danser avec Valérie, coudre avec Albertine, sortir avec sa bonne Suzanne.

L'enfant obéissait partout, mais elle dansait d'un air pleurant, se couchait sur l'épaule de son père, rêveuse et les yeux fixes, gardait sans y toucher les gâteaux délicieux dont Suzanne voulait réveiller son appétit, et posait une heure entière sa petite tête brûlante sur les genoux de sa patiente soeur, Albertine.

—Veux-tu cela? lui disait-on, et cela? et cela? et beaucoup de choses propres à la distraire.

Oui! oui! oui!» répondait-elle d'une voix douce et plaintive, mais elle ne jetait seulement pas les yeux sur les joujoux qu'on s'empressait de lui offrir.

Cette petite fille était devenue si chère à monsieur Sarrasin, qu'il devint lui-même tout rêveur de la voir ainsi languissante après avoir interrogé sa maison dans la crainte que l'enfant n'y fut malheureux pendant ses courtes absences; il prit la résolution de la veiller lui-même jusque dans son sommeil, cet excellent père! il entra quand tous les enfants dormaient paisibles et blancs comme des ramiers couchés dans leurs nids.

Le sommeil d'Albertine l'arrêta un moment dans une contemplation pleine de bonheur. C'était l'ange de la paix, qui s'était endormi dans la prière pour tous! Augusta dont les joues rouges semblaient bondir comme deux beaux fruits sur l'oreiller blanc, appela comme Albertine le baiser de ce père attendri. Il jugea par le sourire de Valérie qu'elle s'était assoupie avec une chanson sur les lèvres. Jamais il n'avait compris jusque là tout le bonheur d'un père, qui entend les douces haleines de ses enfants immobiles de sommeil et de santé.