J’appelais Frédéric «Didi», comme aux premiers jours de notre mariage, et j’allais me jeter à son cou—fallait-il que je fusse folle!—quand il déclara, sèchement:
—Je constate que vous quitterez votre famille sans regrets!... Mais ne me remerciez pas... Je vous envoie en Italie pour avoir la paix, pour n’être pas troublé par l’écho de vos querelles avec ma mère... Vous partirez dans quinze jours. Commandez vos toilettes. Bonsoir...
Il s’en alla et je me trouvai fort allégée de reconnaissance, mais si heureuse, si heureuse, que je ne pus dormir de la nuit...
O Marie! j’aurai donc ma part de ce printemps napolitain qui embaume tes lettres à Claude,—car, méchante, tu ne m’écris guère et je n’ai de tes nouvelles que par notre ami d’Arras!—Je verrai tous ces gens que tu dépeins si bien, le bon Salvatore, la «Junon polychrome», les savants allemands et le bel Angelo qui doit être un peu amoureux de toi, chère dévote, parce que tu es charmante, parce que tu es vertueuse, parce que tu ne l’aimes pas, parce que, peut-être, un autre... Mais non, ne rougis pas, ne t’offense pas, chérie! Je respecte tes secrets... Je ne suppose rien... Claude, qui ne venait jamais à Courtrai, vient quelquefois, le dimanche, pour parler, pour m’entendre parler de toi. Il m’aime un peu, parce que je t’aime... Et il est triste, triste...
Je m’arrête... A bientôt, ma chère Marie, ma jolie sœur. Je passerai quelques jours à Paris pour préparer mon trousseau de voyageuse...
Tendres baisers.
ISABELLE.
Frédéric Van Coppenolle à Guillaume Wallers.
Courtrai, 5 avril.
Mon cher oncle,