Pardon, Marie! je viens d’écrire des phrases qui vous indigneront. Je ne veux pas les supprimer. Ce serait une sorte de mensonge... J’ai subi une crise douloureuse... Devinez, si vous pouvez, et pardonnez-moi...
Je vous adore, hélas! et vous m’aimez bien. Chacun de nous donne à l’autre tout ce qu’il peut donner. La part n’est pas égale. Ce n’est pas votre faute...
Je prie votre cousine de s’arrêter ici entre deux trains. Je veux la saluer au passage... Nous sommes devenus très bons amis. Mais, que vous importe?... Vous n’êtes pas jalouse, parce que vous êtes trop sûre de moi.
Je baise vos mains.
CLAUDE.
XIII
Depuis son retour de Naples, Marie Laubespin délaissait Pompéi. On ne la rencontrait plus, blanche au soleil, dans les ruelles; elle ne s’asseyait plus dans la bicoque où Gramegna modelait des temples romains. Elle ne cueillait plus, avec M. Spaniello, les violettes d’Holconius et les roses du Centenaire. M. Wallers, interrogé, répondait:
—Ma fille reconstitue une miniature de missel, c’est une tâche difficile; Marie a besoin de solitude et d’assiduité... Mais, quand arrivera ma nièce Van Coppenolle, elle fermera sa boîte à couleurs, et Pompéi la reprendra toute...
A l’auberge, chacun respectait ce travail de Marie. M. Hoffbauer félicitait la jeune femme de sa piété archéologique et réclamait des indications précises sur l’origine, l’époque, l’état du missel flamand. L’abbé Masini demandait un calque, un petit dessin, avec la signature de la copiste. Seul, Angelo demeurait morne et courroucé. Il avait accablé Marie en assez de lettres qui étaient restées sans réponse et il comprenait bien que madame Laubespin évitait les explications. Après le déjeuner, elle affectait de prendre le bras de Wallers, pour une brève promenade sous les eucalyptus. Le soir, elle ne quittait pas l’exèdre où siégeait la petite Académie cosmopolite des savants. L’après-midi, elle s’enfermait, et le triste Angelo soupirait et jurait, seul, dans quelque jardin à statues et à rocailles.
Parfois, quelqu’un proposait une excursion intéressante; Marie disait toujours: «Pas maintenant... Quand Isabelle viendra...» Et tous les petits plaisirs étaient ainsi reculés, subordonnés à cette venue prochaine de madame Van Coppenolle dont Marie vantait la beauté, l’aimable caractère, l’humeur enjouée. Elle prenait Angelo à témoin: «Vous connaissez ma cousine... N’est-elle pas une magnifique personne?... Avouez que vous fûtes ébloui, en la voyant...» Angelo répondait tout haut: «Oui... oui... magnifique... élégante... sympathique...» Et, tout bas, il grognait: «Votre cousine peut venir... Je ne perdrais pas le sommeil pour elle, si je ne l’avais déjà perdu...»