—Je vous défends de me toucher... C’est indigne!... Je ne vous aime pas, entendez-vous! je ne vous aimerai jamais, jamais!

Il se releva, la regarda en face, et comprit. Alors, il devint plus pâle que le marbre du tombeau voisin.

—Vous êtes bien une coquette, froide et sans cœur!... Puisque vous ne voulez pas m’aimer, pourquoi me trompiez-vous avec votre sympathie?

—La sympathie n’est pas l’amour, monsieur.

Angelo tremblait de colère.

—Est-ce que je suis un vieillard? Est-ce qu’un jeune homme comme moi peut vivre près d’une jeune femme comme vous sans l’aimer?... Est-ce que je connais, moi, vos manigances françaises?... Ici, quand une femme veut du bien à un homme, elle lui dit: «Je te veux du bien...» Si elle aime un autre, elle dit: «J’aime un autre...» Elle ne dit pas: «Aime si tu veux! Moi, je suis comme les petits anges des tableaux: une tête, deux ailes, pas de corps...» Mais vous, en France—tout le monde le dit!—vous êtes des poupées pour la vue seulement... Pas de cœur dans la poitrine, pas de sang dans les veines!... Et vos hommes sont des moitiés d’hommes! ils ont trop peur d’être ridicules pour aimer comme nous aimons...

La fureur brouillait ses idées et ses phrases; il acheva son discours en napolitain. Ses yeux étincelaient, ses sourcils se nouaient comme des serpents à la racine de son nez; sa bouche, infatigable et convulsive, expectorait sans relâche les invectives, les apostrophes, les menaces et les lamentations.

Mais soudain, la bouche insultante frémit, les sourcils tragiques se détendirent et le pauvre Angelo se mit à pleurer comme un gamin.

Sa douleur—peut-être oubliée, demain, tandis que le souvenir de l’injure demeurerait vivace—sa douleur était chaude, cuisante et vive comme une brûlure... Il avait mal dans tout son être et, sincèrement, il souhaitait que Marie mourût, et lui après elle...

La jeune femme le vit si misérable qu’elle cessa de le craindre. Elle pensa une fois de plus: «C’est un enfant!» et elle dit, avec une voix moins dure: