—Il n’a jamais quitté son pays; il n’est pas riche; il porte les vêtements qu’il porterait à Naples, en cette saison... Soyez charitable, Claude!
Le jeune homme ne répond pas. Il s’est assis dans la bergère, devant le petit poêle rougeoyant. Marie nettoie ses pinceaux et couvre la miniature que son ami n’a même pas regardée. Elle vient enfin s’asseoir près de lui, et ils évitent de se regarder, chacun sentant la gêne de l’autre, voulant parler et n’osant parler...
Il dit enfin:
—Isabelle est à Pont-sur-Deule?
—Oui, jusqu’à demain. J’irai à Courtrai avec elle pour voir Frédéric Van Coppenolle. Accompagnez-nous... Ce sera une occasion de saluer madame Vervins, notre vieille amie, au Béguinage.
Claude ne paraît pas entendre la timide invitation.
—J’admire, dit-il, le soin que vous avez de réconcilier des gens qui ne s’aiment pas, qui ne s’accordent pas, qui finiront par se détester.
—Pourquoi? Isabelle est très bonne et Frédéric est un honnête garçon, ni méchant, ni sot, laborieux, dévoué à sa famille...
—Frédéric est un balourd et Isabelle une écervelée. L’un est resté Belge et l’autre est devenue Parisienne. La bière forte et le vin mousseux!
—Puisqu’ils sont mariés...