Elle a reconnu le pas du visiteur. Sans quitter sa chaise, elle tourne la tête, tend la main. Mais qu’a donc Claude? Il touche à peine cette main que Marie lui offre. Son visage maigre, aquilin, au type hispano-flamand, paraît vieilli par l’inquiétude. La moustache noire ne dissimule pas le pli amer de la bouche. Ses beaux yeux fauves, brouillés de vert, ont une étrange expression...
—Vous arrivez d’Arras?... Pourquoi ne m’avez-vous pas avertie?... Pourquoi n’avez-vous pas répondu à ma lettre?
—Parce que je voulais une explication... Je me suis décidé brusquement à partir, et j’ai aperçu votre père à la gare. Il attendait le train de Bruxelles qui arrive cinq minutes après le train de Paris. Il n’a eu que le temps de me dire: «Viens dîner!» et il s’est élancé vers un singulier bonhomme qui l’a embrassé, oui, embrassé sur les deux joues!... Je les ai laissés à leurs effusions, et je suis allé mettre mon sac chez ma tante... Et me voilà!
Marie demande:
—Vous êtes sûr?... Un singulier bonhomme embrassait papa?... C’est invraisemblable, Claude! Papa est allé chercher à la gare et conduire à l’hôtel du Cygne un jeune homme qu’il n’a jamais vu, qui s’est annoncé par lettre, et qui est le fils du feu professeur Ercole di Toma, le grand archéologue napolitain.
—Je ne connais pas...
—Un vieil ami de papa. Ils ont fouillé ensemble un peu partout, en Sicile... Monsieur di Toma a laissé deux fils, un sculpteur et Angelo, le peintre, notre convive de ce soir... C’est cet Angelo qui doit illustrer le fameux ouvrage: l’Art et la Vie à Pompéi...
—Si son talent ressemble à son plumage, ce monsieur Thomas...
—Di Toma, Claude! vous le dépoétisez!
—Vous verrez s’il est poétique! Une espèce de rasta, habillé d’étoffes trop minces, chaussé de souliers jaunes et coiffé d’un vieux feutre gris... D’ailleurs assez beau garçon, mais odieux!