La plus jolie, c’est la fillette florentine de Lorenzo di Credi, dans le beau palais qui ouvre sur un jardin aux buis taillés et sur des montagnes bleuissantes... Oui, vraiment, une fillette très sage, qui étudiait sa leçon près de son petit lit quand l’Annonciateur est entré. Elle l’invite du geste, à s’approcher, et sourit, contente, comme si on lui promettait un fiancé fils de roi et un bel enfant tout pareil à sa poupée. Et l’ange, n’est-ce pas le serviteur favori du roi lointain, le page naïf, joufflu sous ses boucles, et bien intimidé?
Et, maintenant, Marie a délaissé les vierges italiennes, et elle inaugure la série des flamandes, par cette exquise madone de l’évangéliaire, chef-d’œuvre d’un maître inconnu,—fillette aussi, comme la Florentine, mais plus humble, moins jolie, d’une grâce presque chétive, qui veut être la servante et non la fiancée du Seigneur. Son front est bombé, ses cheveux rares, sa poitrine étroite. Comment pourra-t-elle porter l’enfant? Ce n’est pas la rose mystique, ce n’est pas la colombe, ce n’est pas l’étoile du matin: c’est une pauvre petite fille de Flandre, une pâquerette née à l’ombre des cathédrales, sans force, sans vie, sans éclat, mais qui fleurit de bonne volonté et qui attend que Dieu la cueille...
Et de toutes les saintes Marie, ses patronnes, Marie préfère celle-là.
III
Elle s’applique, profitant du jour qui baisse, inclinant son profil délicat, au petit nez, au menton fin. Son pinceau effleure les ailes ocellées de l’archange, vertes et bleues comme un émail persan. Et elle est si absorbée qu’elle n’entend pas le coup discret frappé à la porte.
On frappe encore.
Cette fois, Marie Laubespin a entendu. Elle ne bouge pas et crie seulement:
—C’est toi, Belle?... Entre...
Et, tout de suite, d’une voix changée, qui tremble un peu:
—Comment, c’est vous, Claude!