—J’étais présent, s’écria Angelo qui arrivait sous le péristyle... J’ai fait appeler monsieur l’inspecteur Spaniello et monsieur le professeur Wallers, et je courais vous chercher, madame, pour montrer à Vénus, patronne de mes aïeux, que la race des belles femmes n’est pas éteinte.

Elle était charmante, la petite Vénus Pompéienne, et les colorations du marbre, patiné à la cire, atténuant le caractère conventionnel de la forme, donnaient au visage l’expression particulière d’un portrait. La tête au front bas, aux yeux glauques, aux joues carminées, se couronnait d’une chevelure frottée d’or. Les lobes percés des oreilles avaient perdu leurs boucles de pierreries. Une draperie bleu de mer, à bordure jaune rehaussée de palmettes noires, découvrait, jusqu’au-dessous des hanches, le corps ample et délicat. Le bras droit était replié vers la poitrine, et la main désignait le sein meurtri. Le bras gauche, abaissé, conduisait le regard vers le ventre large et ferme, beau comme un golfe tranquille et plus divin que le visage fardé.

—Voyez! dit Wallers... elle a les yeux obliques et le sourire pointu des jeunes filles de l’Acropole... L’artiste qui l’a sculptée, dans un style déjà très ancien, lui a fait un masque éginétique et une coiffure compliquée. Mais le corps rappelle les Vénus du sixième siècle...

Il se mit à discuter avec M. Spaniello. Angelo di Toma prit la statue.

—Éginétique, alexandrine ou archaïsante, elle est bien belle et d’heureux présage... Je salue sa résurrection et je veux lui adresser la première prière qu’elle entendra après deux mille ans.

—Quelle prière? demanda Isabelle.

—Celle de la petite Méthé...

—Traduisez-moi la prière de la petite Méthé!

—Quand elle sera exaucée... pas avant.

Isabelle appela M. Spaniello.