—Monsieur l’inspecteur, vous qui savez tout, dites-moi la prière de la petite Méthé à Vénus Pompéienne...
—C’est un des plus jolis graffites de Pompéi, madame. Les amoureux écrivaient sur les murs leurs pensées intimes qui enrichissent maintenant le Corps des Inscriptions... L’un disait: «Ma chère Sava, aime-moi, je te prie!» L’autre: «L’amour me guide et Cupidon me conduit! Que je meure si je souhaite d’être un dieu sans toi!...» Un troisième: «Vous n’avez pas vu Vénus? Regardez, ma petite amie! elle est pareille...» Un quatrième: «Bonjour, Victoria! puisses-tu, où que tu sois, éternuer heureusement!...» Les dames s’en mêlaient, car, sur une muraille, on peut lire cette franche déclaration: «Serena en a assez d’Isidore!...»
—C’est drôle!... Et la petite Méthé?
—C’était une joueuse d’atellanes, quelque chose comme une petite femme de café-concert... Elle déclare à la déesse qu’elle aime un certain Chrestus «de tout son cœur». Et elle ajoute: «Sit eis Venus Pompeiana propitia et semper concordes vivant!» C’est-à-dire: «Que Vénus Pompéienne à tous deux soit propice, et qu’ils vivent toujours unis...» Elle devait être charmante, cette petite Méthé!
Isabelle resta pensive.
—Je vais porter la statue à monsieur le directeur des fouilles, dit M. Spaniello en prenant la Vénus qu’il coucha sur son bras, comme une poupée...
—Alors, nous ne verrons pas les jardins?
—Il y en a un, tout à côté, que vous ne connaissez pas. Il est à peine déblayé...
M. Wallers se plaignait d’une migraine commençante. Il partit pour se reposer à l’auberge, tandis qu’Angelo, Isabelle et l’inspecteur passaient dans la cour voisine. Entre les colonnes du péristyle, pleines et stuquées, ornées de rosaces au compas, le relief du petit jardin antique apparaissait: des plates-bandes minuscules, bordées de briques pilées et agglomérées, peintes en rouge. M. Spaniello fit remarquer à Isabelle les trous laissés par les racines, dans la cendre durcie...
—Les racines, en se consumant, ont formé des creux où je fais couler du plâtre qui restitue leur forme exacte, de la même manière qu’on a obtenu les moulages humains qui sont au musée... J’identifie la plante. Je remets de la terre végétale sur les parterres et je remplace le myrte par le myrte, et le rosier par le rosier...