—Austère, oui!... Froide?... Moins qu’on ne pense... Elle est amoureuse de Claude...

—Quel Claude?... Ce monsieur si désagréable que j’ai vu à Pont-sur-Deule?... Ils font l’amour?...

—Hein?...—Isabelle rougit.—Vous avez des expressions!... C’est un amour pur, une amitié mystique.

—Ils le disent...

—Ce sont des êtres supérieurs, soupire Isabelle. Moi, hélas! je les admire... sans les imiter... Je devrais être honteuse...

—Parce que tu m’aimes?

—Parce que je vous connais à peine! J’ai ri, d’abord, de votre poursuite, et me voilà, me voilà seule avec vous dans ce wagon qui nous conduit...

—Au bonheur, ma beauté chérie, ma tendresse, ma fleur blanche... Oh! ne sois pas trop Française! Ne te dispute pas! Ne me fais pas mourir avec des coquetteries et des refus!...

Le train, au delà d’Angri, courait dans une vallée, verte de prairies et de jardins, verte de figuiers et de vignes. Des montagnes coniques et boisées composaient un paysage de crèche et leur ombre vaporeuse avait le bleu de l’encens. Elles portaient ces petites tours où les chasseurs au filet guettent les palombes d’automne, quelques ruines de forteresses et de couvents, des villages égrenés parmi les châtaigneraies ou pressés autour de leur campanile. Angelo nommait les stations: Pagani, Nocera, Cava... La voie descendait vers le golfe de Salerne. Derrière les montagnes assombries, le soleil déclinait, mais un rayon, rasant les crêtes, traversait la vallée et touchait les vitres fulgurantes d’un ermitage à la pointe du mont San Liberatore...

A Vietri, Isabelle et Angelo descendirent. Le voiturin les attendait avec sa carrozelle minuscule. Mais Angelo voulut dîner tout de suite parce qu’il n’y a pas d’auberges convenables entre Vietri et Ravello.