—Pourquoi?...

—Il faut que je m’en aille, Claude, il le faut! pour moi, pour vous... Je sens que je vous fais du mal, et cela me trouble... Je voudrais vous guérir et je ne le puis qu’en m’éloignant...

—C’est à cause de moi?...

—Oui... Il y a un malentendu entre nous. Vous me regardez comme une veuve ou une femme libre, qui peut, selon son cœur, accueillir ou repousser votre amour. Vous oubliez que le choix ne m’est pas permis, que je suis mariée devant le prêtre, et que les torts de monsieur Laubespin ne suppriment pas mes devoirs... Ah! pourquoi m’avez-vous parlé? Je ne soupçonnais rien. Je croyais à votre fraternelle amitié. J’étais presque heureuse...

—Est-ce possible, Marie! C’est moi que vous fuyez, et parce que, dans un moment d’émotion, j’ai eu la faiblesse d’avouer un amour que je croyais deviné!... Si j’étais dangereux pour votre repos, si vous m’aimiez... mais vous ne m’aimez pas!... Alors, que craignez-vous?... Mes importunités?... Je saurai me taire. Je me suis tu vingt ans. N’avez-vous pas trouvé en moi un frère et un ami?

—Je ne les trouve plus... Je trouve un homme qui se plaint, qui m’effraie, que je fais souffrir et qui me tourmente... Tout à l’heure encore, vous m’avez cherché une querelle absurde. La semaine dernière... c’était autre chose...

—Je vous ai baisé la main... comme tant d’autres fois.

—Non, pas comme les autres fois... Tout est changé, Claude...

Elle secoue la tête, et son petit visage exprime une volonté irrévocable qui consterne le jeune homme.

Il soupire, sans protester, le front dans ses mains. Et des souvenirs l’assiègent qui lui montrent Marie mêlée à toute son existence d’homme et d’enfant.