—Comme tu es surexcité!... C’est vrai que tu me révèles un autre Angelo... Cette passion, cette mélancolie!...

Elle prit les boucles noires et rudes à pleines mains et força Angelo à lever la tête. Penchée, elle contempla ce visage d’amour, douloureux, mortellement pâle, qui lui donna la plus douce sensation d’orgueil féminin... Elle avait vu, sur des figures d’hommes, le coup de lumière du désir qui passe, l’ombre du regret, la grimace de la convoitise,—mais jamais la passion, dans son énergie et sa naïveté... De vagues arrière-pensées qui la tourmentaient encore se dissipèrent.

—Je t’adore, mon Angè! Sois heureux!...

La chambre d’Angelo était bien plus petite que l’atelier, et c’était sans doute l’ancienne sacristie de la chapelle, coupée de cloisons avec de vagues nervures de voûte. Une armoire en marqueterie de citronnier occupait tout un panneau, face à la «toilette» d’acajou commun, achetée chez un brocanteur de Salerne. Un fauteuil qui perdait son crin, une chaise qui perdait sa paille, un beau lit gondole, de style Empire, complétaient le mobilier. Il y avait des traces de fresques à la partie supérieure de la muraille, et la partie inférieure, blanchie à la chaux, était sommairement tendue d’un vieux damas splendide mais troué, cramoisi dans l’ombre et rose dans la lumière.

L’unique fenêtre ogivale, ouvrant sur le ravin à pic, n’avait pas d’autre rideau qu’un figuier sauvage. Quand la brise de mer se leva, vers cinq heures, les branches à grosses feuilles découpées, chargées de figues vertes, frôlèrent la vitre et réveillèrent les amants... Isabelle demanda:

—Es-tu encore triste?

—Est-ce que les anges sont tristes, dans le paradis?

—Tu n’es «ange» que de nom.

—Mais toi, tu es le paradis.

Il retrouvait sa gaieté enfantine. A demi-vêtu, il alla chercher dans l’armoire une bouteille de marsala, des gâteaux secs, durs comme des cailloux, et un très beau verre de Venise, un peu fêlé, qui ressemblait à un hippocampe.