—Je t’aime trop. Je suis malheureux...
—Tu es malheureux, toi qui, cette nuit...
—Ah! ma fleur blanche, j’ai mal d’aimer, j’ai mal de cette passion que je porte avec des angoisses mortelles et des soupirs... Ce matin, je n’ai pas osé te revoir. J’aurais défailli sous tes yeux. Je me suis sauvé dans la montagne. Et comme j’ai pleuré d’amour en répétant ton nom chéri, en me roulant sur les cistes que j’écrasais... J’étais fou!
—Tu es encore fou, mon pauvre Angelo. Ton chagrin m’offense. Hier, avant-hier, tu m’aimais, et tu étais joyeux.
—Parce que je pensais à te posséder... Maintenant, j’ai peur de te perdre...
—Est-ce moi, Angè, la femme du nord, qui dois t’apprendre ce que tu m’avais enseigné, par ton exemple: jouir de l’heure qui passe, ne pas gâter le présent par la crainte de l’avenir?
—Tu ne comprends pas! s’écria-t-il, avec une exaltation qui effraya Isabelle... Tu ne me connais pas du tout... Tu crois que les hommes de mon pays font l’amour en riant, sur un air de tarentelle!...
—Rappelle-toi ta sérénade: «Les larmes et les soupirs ne me suffoquent plus, Cuncè!...»
—Ah! ce soir-là!... Je ne savais comment j’allais t’aimer et je ne chantais pas pour toi seule... Tiens, je voudrais mourir!
Il enfouit sa tête dans les genoux d’Isabelle. Alors, elle lui caressa les cheveux en le grondant: