Elle commettait l’éternelle imprudence féminine, en parlant de son amant, sans nécessité, pour le plaisir! Et, voyant que le regard distrait de Marie se fixait tout à coup, devenait sérieux et interrogateur, elle ajouta, un peu lâchement:

—D’ailleurs, il n’est pas le seul qui m’intéresse! Monsieur Spaniello, Salvatore, et ce bon vieux curé maniaque, don Alessandro, ils me divertissent tous, ces Napolitains qu’on connaît si mal en France!

Un soupçon avait traversé l’esprit de Marie. La gaieté d’Isabelle la rassura. Madame Laubespin considérait l’adultère comme un péché très horrible,—d’autant plus rare qu’il est plus horrible. Précédé de combats cruels, suivi de remords immédiats, il doit s’accomplir dans les larmes et la honte... Or, les beaux yeux d’Isabelle étaient limpides comme le ciel. Sa figure, un peu allongée, disait la béatitude attendrissante d’une âme qui ne désire plus rien...

—Eh bien, la nuit t’a porté conseil?

Marie avoua qu’elle avait pleuré encore, avant de s’endormir. Au réveil, plus calme, honteuse de son affolement, elle avait relu la lettre de madame Wallers... Et elle venait de répondre une lettre mesurée, calculée, qui réservait l’avenir.

—Je pardonne à André de tout mon cœur; je prierai pour sa guérison et je demande qu’on m’envoie de ses nouvelles. Peut-être, s’il était en danger, consentirais-je à le revoir, mais le médecin affirme qu’il guérira. Les deux fractures des jambes ont été réduites, et il n’y a pas de lésions internes.

Isabelle déclara que sa cousine devenait enfin raisonnable.

—Tu perdais la tête, hier soir, quand tu me parlais de te sacrifier, de sacrifier Claude. Je craignais que, dans un accès de bigoterie, tu ne fisses la sottise de partir pour soigner André Laubespin qui n’a pas besoin de toi.

—Claude souffrirait trop... Je me représente sa jalousie, ses angoisses... Et le courage me manque pour accomplir ce qui est, peut-être, mon devoir...

—Ton devoir!... Ma pauvre Marie, tu es une de ces femmes dont l’espèce va disparaître, qui pratiquent l’immolation avec frénésie et choisissent toujours, entre deux routes, celle où il y a des cailloux... Et ta mère aussi, et toutes les femmes de ta famille, excepté moi, ont cette manie d’être sublimes... J’entends les bons conseils que ma tante Wallers te donnerait, si tu étais à Pont-sur-Deule: «Une épouse chrétienne doit oublier les torts de son époux repentant... La situation d’une jeune femme séparée est fausse, pénible et choquante... Nous, les parents, nous en souffrons... Une réconciliation conjugale ferait le bonheur de tous... Les pires maris, quand ils sont las des aventures, deviennent meilleurs que les maris fidèles... La femme a barre sur eux...» Ainsi parlerait ta mère, et ton père l’approuverait.