—Je ne le connaissais pas...

—Tu l’aimes parce qu’il est beau, parce qu’il est flatteur et cynique, parce qu’il t’a dépravée.

—Non, tu ne sais pas pourquoi je l’aime.

—Il te perdra tout à fait! Il ruinera ta vie! Je veux te sauver, malgré toi... Tu te trompes, Belle! tu n’aimes pas cet homme d’un amour profond! Tu es dupe de ton imagination et de tes sens... L’Italie t’a ensorcelée... C’est l’Italie que tu aimes dans la personne de ce bellâtre... Si tu le revoyais ailleurs, ton Angelo, quelle désillusion!

La bougie, brûlée jusqu’à la bobèche, crépita et s’éteignit. Une blancheur dorée remplaçait la pâleur bleuâtre de la première aube. Derrière la mousseline paraissaient les silhouettes effilochées, les vertes feuilles pleurantes sur l’écorce rosâtre des eucalyptus. Dans la petite chambre au plafond peint d’hirondelles, les deux femmes, redevenues ennemies, se regardaient sans se reconnaître. Marie, si défaite qu’elle semblait amaigrie, s’adossait à la table et parlait d’une voix ferme et triste. Isabelle ne tenait plus en place. Elle tournait et piétinait dans l’espace étroit, entre la porte et le lit. La tension nerveuse raidissait son grand corps de bacchante, et sa chevelure détordue rougissait comme une torche sous le vent qui la couche et la paillette d’étincelles.

Par moments, elle riait d’un rire démoniaque:

—Tu l’as toujours exécré, Angelo! parce qu’il est simple et qu’il suit l’impulsion de son cœur au lieu de disserter sur la philosophie de l’amour... Parbleu! je sais bien qu’il n’est pas un grand homme ou un saint homme: mais tel qu’il est, avec ses défauts, il me plaît cent fois plus que les gens pratiques, les gens corrects, les gens lugubres, et tous les empaillés qui ont ton estime et ta sympathie.

—Le connais-tu?... As-tu éprouvé son cœur, étudié son caractère?

—Et toi?

—Plus que tu ne penses.