Les anges, autour d’elle, élevaient des lis, et les Madones, sous les colombes planantes, accueillaient dans leur âme l’époux divin. L’atelier baignait dans le silence et la blancheur comme un oratoire.

Marie s’assit, la tête dans les mains, et pria.

Pendant ce temps, Claude emportait dans sa solitude d’Arras le souvenir de la nuque dorée, du bras mince, de l’artère battante sous la peau fiévreuse. Et toute la nuit il veilla, malade d’amour, rêvant de cette pulsation plus troublante que le spasme de la volupté, comme s’il avait possédé, dans un baiser profond, le cœur même, le cœur mystérieux et caché de Marie...

«Tout est changé!» a-t-elle dit... Maintenant, la pensée de Claude émerge des souvenirs profonds, et retrouve la réalité présente... Oui, tout est changé depuis cette dernière visite, depuis ce baiser. Et la lettre de Marie, ce voyage brusquement décidé, révèlent que la dévote timide a pris peur.

Pourtant Claude ne veut pas qu’elle parte. Il ne le veut pas!

Obstiné contre l’évidence, espérant modifier cette résolution qui le désespère, et où il devine l’influence souveraine du confesseur, Claude emploie l’éternelle tactique, celle qui réussit toujours quand la femme est tendre et qu’elle aime un peu. Il se plaint, pour se faire plaindre. Il dit sa solitude, les folles, les mauvaises pensées qui lui viennent...

La porte du poêle projette un reflet ardent sur le tapis, mais la fenêtre est pleine de nuit bleue. Un Esprit voilé, triste et souriant, le Crépuscule qui a le visage du Souvenir, est entré dans la chambre. Son geste invisible amollit les volontés, rapproche les âmes...

«Marie! ne m’abandonnez pas! Ne me livrez pas aux tentations du désespoir... Je suis un homme, et le meilleur de nous ne vaut pas grand’chose... Apprenez-moi à vous chérir comme vous voulez être chérie, dans le sacrifice et la pureté... J’essaierai, Marie, quoique un tel amour me soit difficile... Faites ce miracle de me rendre pareil à vous! Mais ne me quittez pas, ne partez pas, bien-aimée!»

Elle ne bouge pas, comme endormie, quoique ses yeux fixes brillent dans l’ombre... Et soudain, elle se lève, va vers la table, cherche et tâtonne... La clarté brutale d’une lampe jaillit.

—Non, Claude! Épargnez-nous... Je souffre de vous faire souffrir... mais il faut que je parte... Ma décision est prise... N’insistez pas... Et puis, descendez... Mon père est revenu, je pense... On vous attend... Je dois m’habiller...